‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 107 sur 289 · Tomek, VII, p · texte numérisé non relu

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SUCCÈS DE PODIÉBRAD 155

Rodolphe de Lavant, qui avait remplacé Jost de Rosenberg comme évêque de Breslau, personnellement atteint par la ruine de ses domaines, se repentait ouvertement de ses conseils belliqueux : il n'aurait jamais poussé le pape à une rupture, s’il avait connu la force véritable des hérétiques.. La terreur lui inspirait une mansuétude inattendue : l'Évangile, disait-1l, ne demande pas la mort du pécheur '. A Breslau même, le commerce arrêté, les relations interrompues, les alertes continuelles avaient singulièrement attiédi les premières ardeurs ?.

En Bohême, le zèle de l'administrateur catholique était

paralysé par l'indifférence générale, et ses menaces provo-

quaient quelquefois une résistance ouverte : les nobles utraquistes chassaient de leurs domaines les prêtres qui s’entêtaient à exécuter les ordres d'Hilaire. Les seigneurs rebelles, très fatigués, se reposaient volontiers sur Mathias du soin de mener à bonne fin l’entreprise, regrettant déjà au fond de l’âme le roi qu’ils avaient trahi. Au dehors, l’opinion, un moment ébranlée, revenait à Podiébrad : son énergie et ses succès l’entouraient d’une sorte d’auréole. Une politique bien entendue n’ordonnait-elle pas de le soutenir contre un adversaire dont on connaissait le peu de scrupules et dont le triomphe, en réunissant la Bohême à la Hongrie, aurait compromis l'équilibre de l’Europe orientale? Quelques princes de l’Empire avaient conservé avec Georges des relations très amicales : ils jugèrent le moment

1. Eschenloer, éd. latine, 217. Cp. Grünhagen, p. 325. Dans une réunion à Trebnitz, janvier 1471, on se lamentait, et un des conseillers déclara qu’il fallait se soumettre à la volonté des dieux et aux planètes qui commandaient à la destinée des hommes. « Laissez-moi donc tranquille avec vos planètes, répliqua le duc d'Œls : s’il n’y avait pas eu seulement ces deux maudites planètes de Breslau, le prieur Jean Duster et le chantre Nic. Tempelfeld ! Voilà les planètes du diable qui ont empoisonné la patrie, » — C'étaient les deux démagogues qui avaient été les principaux instigateurs de la guerre civile.

2. Les ennemis les plus acharnés de Podiébrad commençaient eux-mêmes à être gagnés par le découragement général. « Ah! seigneur, s’écriait Tempelfeld, qui eût pensé que la puissance des hérétiques fût si grande! » Les prédicateurs qui, jusqu’alors, avaient toujours poussé aux mesures extrémes, recommandent désormais la modération et le calme,

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