‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 12 sur 289 · LE CALICE · texte numérisé non relu

LE CALICE

cœur que dans l'esprit, et qui savent mourir pour leurs principes, mais non en accepter les suites nécessaires. Poursuivant un but impossible à atteindre, dominé par des désirs contradictoires, plus conséquent que logique, avec moins de: raison que de piété et plus de bonne volonté que de prudence, la modération entêtée d’une conviction étroite faisait de lui un sectaire plutôt qu’un réformateur.

Avant même la conclusion des Compactats, il avait de-. viné la tactique des évêques et pressenti leur peu de sincérité. Dans les dernières conférences, il se tint à l'écart, assez mécontent d’un traité dont il apercevait les lacunes et les perfidies. Il était trop tard, et il ne réussit pas à empêcher la signature des conventions. Il chercha du moins à atténuer les effets de l’imprudence commise. Au moment où les catholiques croyaient n’avoir plus qu’à recueillir les fruits de leur habileté, ils se heurtèrent inopinément au on

possumus d'une conscience timorée, et toute leur politique.

s'y brisa. Dans cette seconde période de sa vie, Rokytsana fut plus que le chef de la résistance, il en fut l’âme; pour un moment, il tint lieu à l’Utraquisme de doctrine et de

dogme : il sauva ce qui pouvait encore être sauvé, une ap-

parence d’Eglise nationale.

Comme jadis, lorsqu'il avait supplié le Concile de ren-.

dre la paix et l’union à la chrétienté, c'était le peuple tche-

que tout entier qui parlait par sa voix. La résistance se con-:

centrait sur un point; mais, plutôt que de l’abandonner, la nation entière était prête aux dernières extrémités. Que l’on: essayât de toucher au calice, tout serait oublié, souvenirs de misères, inquiétudes de conscience, fatigue matérielle et morale, et la fièvre révolutionnaire que l’on croyait tom-: bée, éclaterait avec une nouvelle violence. C’était le signe. visible et saisissant des réformes poursuivies. Depuis plusieurs générations, l'Eucharistieétait en Bohème l'objetd'un culte presque fanatique; les imaginations, au milieu du désarroi général, s’attachaient à ce symbole du calice dont la signification réelle ne leur apparaissait que dans une obscurité mystique, mais ce vague même donnait à leur foi,

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