RÉVEIL DU PARTI UTRAQUISTE
n’effrayait pas les Catholiques : ils n’y voyaient que les dernières convulsions de l’agonie. De quelle défense était capable un parti qui n'avait ni chefs ni organisation? Les Utraquistes comprirent les causes de leur infériorité, et, en face d’un péril imminent, ils résolurent de sortir à tout prix de cet état de dispersion qui les livrait à toutes les surprises.
En 1478, les seigneurs calixtins demandèrent à Vladislas la permission de convoquer leurs coreligionnaires en assemblée générale : le roi n’osa pas refuser. On s’apercut. alors combien l’hérésie tenait encore au sol par des racines profondes : de toutes les parties du royaume accoururent les laïques et les clercs, si nombreux que Vladislas s’étonna, dit-on, de n’avoir jamais réuni une assemblée pareille quand les plus graves questions politiques étaient en jeu. Toutes les salles de l’Université furent trop petites pour une telle affluence, et l’Assemblée délibéra dans la cour, en plein air. Les maîtres et les prêtres exposèrent l’objet de la réunion, rappelèrent les promesses toujours renouvelées et toujours violées, les Compactats contestés, la nomination de l’archevêque éternellement différée, l’ordination refusée aux candidats utraquistes et les cures désertes; 1ls opposèrent aux serments de Vladislas les encouragements prodigués aux catholiques, les églises profanées, les défenseurs de la vérité jetés en prison et mourant dans les supplices. Les plaintes succédaient aux plaintes, et chacune d’elles retentissait douloureusement dans l’âme des assistants et réveillait des colères mal éteintes. Au milieu de l'émotion générale, quelqu'un entonna un cantique, « Fidèles chrétiens », qui était comme le chant de ralliement des Utraquistes et qui avait été interdit. À ces accents, mêlés déjà à tant de journées glorieuses et sanglantes, les esprits s’exaltent : quelques-uns éclatent en sanglots, d’autres veulent courir aux armes; la délibération tournait à la démonstration et la réunion menaçait de finir par une émeute. Les seigneurs, qui avaient répondu de l’ordre, ramenèrent le calme et obtin-