INCONSÉQUENCES ET MALADRESSES
finances, l’armée lui ont presque complètement échappé; ni l’église, n1 l’école, ni les intérêts matériels, ni même l’administration ne relèvent d'elle; elle n’apparaît plus que comme l'inutile débris-d’un âge disparu. La constitution de Vladislas ne mentionne même pas le nom du roit,
Pourquoi les seigneurs s’arrêtèrent-ils en si beau chemin et ne supprimèrent-ils pas la royauté, après l'avoir annulée 2? Mieux eût valu, certes, pour la Bohême. On a vu des républiques aristocratiques faire grande figure dans le monde, et l’oligarchie tchèque renfermait sans aucun doute à cette époque tous les éléments nécessaires d’un bon gouvernement.
La majorité manqua de résolution et de logique : comme en matière religieuse, elle eut peur d’un mot, et sa hardiesse incomplète greva l’avenir de redoutables dangers. L'esprit des nobles était plus borné que leur courage, et la prévoyance politique leur faisait absolument défaut. Ils: ne surent n1 reconnaître au souverain le minimum de prérogatives sans lequel son existence n'avait plus de raison d’être, ni constituer un autre régime. D'ailleurs, s’ils avaient aboli la royauté, ils auraient dû se plier à l'autorité de certains d’entre eux, et leur superbe ne s’y résigna jamais. Beaucoup moins préoccupés d’assurer les destinées du pays que leur indépendance, ils ne pensèrent pas à établir
1. Comme la plupart des constitutions aristocratiques et libérales, la constitution bohême n’est pas fixée par une loi générale, mais par une série de résolutions et de précédents. Elle est par conséquent très variable et on ne peut en donner qu’une idée approximative. C’est un embarras analogue à celui qu'éprouvent les historiens anglais. Il faudrait pour chaque point indiquer une série de textes et marquer une foule d’exceptions. Cela eût évidemment dépassé de beaucoup le but que je me propose; je n’écris pas l'histoire du droit public tchèque, maïs j'essaie seulement de rechercher l'influence qu'ont eue les luttes constitutionnelles sur les destinées du pays.
2. Sur l’état de la royauté et les institutions tchèques sous Vladislas, voir la Constitution de Vladislas, le livre de Tovatchov, Vchehrd, les textes publiés dans les Archives bohêmes, Stransky, (Respublica Bojema), etc. Cp. Palatsky, Kalousek,— le Droit public tchèque, — et un résumé très précis et très intéressant en allemand : Einige Grundlagen des bœhm. Staatsrechts, (Pr. 1871); Brandi, Glossarium illustrans bohemico-moravicæ historiæ fontes, (Brno 1876; c’est un véritable dictionnaire des institutions); Rezek, articles divers sur Vladislas, Louis et Ferdinand I°*"; Khloumetsky, Karl von Zierotyn; D'Elvert, Zur œsterr. Vervaltungs-Gesch; etc.