‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 164 sur 289 · LES PROPRIÉTAIRES LIBRES · texte numérisé non relu

LES PROPRIÉTAIRES LIBRES

cial et hâtèrent une révolution qu’annonçaient depuis longtemps certains indices, mais qui, peut-être, sans cette crise, aurait été longtemps encore retardée par les résistances populaires. Elles donnèrent une sanction officielle aux changements déjà accomplis et créèrent une véritable noblesse, avec ses droits héréditaires, ses distinctions multipliées et rigoureuses, ses lois personnelles, ses tribunaux ".

La classe des petits propriétaires libres disparaît : beaucoup ont péri pendant la guerre, plus encore sont ruinés; les discordes civiles favorisent les empiétements de leurs riches voisins : sans protection, ils sont obligés de vendre leurs biens, d’accepter la tutelle des principaux seigneurs. — Jadis, nous dit Vchehrd, avant que les nouvelles formes de droit se fussent introduites, le pays était bien peuplé de zemans; alors on n’achetait pas leurs terres, on ne détruisait pas leurs demeures, on ne renversait pas leurs châteaux, on ne transformait pas en étangs leurs domaines, comme les meilleures terres et les prairies. Il y en avait une foule presque innombrable ; mais depuis, par le feu, par la peste ou par l'épée, ces demeures ont été détruites ou abandonnées ?. — De cette foule presque innombrable quelques centaines subsistent à peine, et ils vont sans cesse en se réduisant, ruinés par les charges trop lourdes qui retombent sur eux de tout leur poids, ou fatigués d’une lutte inégale et acceptant leur déchéance pour obtenir le repos. L'existence de ces propriétaires n’a plus désormais qu’un intérêt historique, et, par suite de la destruction de cette classe moyenne, il n’y a plus en présence que des nobles et des vilains.

Le signe distinctif de la noblesse, c’est la prédominance

1. [l'est bien évident qu'il ne s’agit ici que d’une tendance générale : sur bien des points, des coutumes diverses rappellent longtemps encore l’ancien ordre de choses, — Un des vestiges les plus curieux des institutions slaves primitives, dans lesquelles les biens sont la possession collective de la famille et non de l'individu, estle nombre des domaines nobles indivis que l'on constate encore au xvi* siècle. (Cp. Votsel, L'ancien droit de propriété en Bohême, p. 488).

2. Vchehrd, p. 434. Le sens du mot zeman n'est pas toujours très précis, mais il est évident ici qu'il faut entendre par là les svobodnitsi, les petits propriétaires libres. Cp. aussi Stransky, p. 241,

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