LES AUDITEURS DE ROKYTSANA
D'une famille sans fortune, mais noble, avec une instruction assez étendue, Grégoire ! n’avait jamais été tenté par les joies et les ambitions terrestres. Non pas que la décision lui manquât ou qu’il fût inhabile à manier les hommes, on S'en apercut bien pendant les années de persécution. Indifférent aux fatigues et aux périls, il suffit alors à toutes les tâches: à la fois polémiste et administrateur, il a
le zèle et la foi d’un apôtre; il est le lien vivant qui retient
ensemble les groupes de fidèles dispersés dans la Bohême entière. Il sauve l'Unité, non pour jouer au chef de parti, mais par devoir, sans jamais réclamer d’autre privilège que celui du sacrifice et du dévouement. Les époques d’exaltation religieuse produisent de ces âmes, à la fois fières et réservées, que le danger n’épouvante pas, mais le succès, éprises uniquement de pureté et de justice. Il s’inquiétait peu du dogme, se défiait de la métaphysique et des métaphysiciens, mais il avait faim et soif de Jésus-Christ. Lorsque, quelques années plus tôt, Prjibram avait voulu donner à l’Utraquisme un clergé régulier, Grégoire avait répondu avec empressement à son appel, s'était précipité dans le monastère slave qu’il avait fondé, comme dans un refuge qui s'ouvrait devantlui. Autour delui, peut-être dans ce même cloitre slave, se réunissait la poignée de fidèles, qui, troublés jusqu’au plus profond de leurs cœurs par la pensée de leur misère, voulaient èssayer de réaliser l'idéal qué leur proposait l’archevêque. L
Les relations entre Rokytsana et ses auditeurs devinrent bientôt assez intimes; il se forma entre le maître et les disciples une amitié tendre et confiante (1453). Ils lui demandaient des conseils plus précis, une direction plus immédiate. Une terreur surtout les obsédait : le mauvais prêtre ne perd-il pas par ses péchés les pouvoirs que lui a conférés l’ordination ? Évitez les prêtres faux et perfides, avait dit l'archevêque, mais demandez ceux qui sont fidè-
1. Sur Grégoire, comp. Palatsky, Gesch. von Bæœhmen, IV, 1, p. 484; Gin-
dely, Gesch. der bæhm. Brüder, 1, p.21; Jiretchek, Rukoviét, II, 164; et Goll, Tchas., 1884, p. 156-159 et p. 167-169.