‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 210 sur 289 · Probablement en 1454 ou · texte numérisé non relu

Probablement en 1454 ou

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ganisateur, mais Kheltchitsky en est le théoricien’. Les auditeurs de Rokytsana n'avaient guère encore que des aspirations, 1ls allaient trouver à Kheltchitse une doctrine, c’est-à-dire la condition indispensable de développement et de durée pour toute société religieuse. Ainsi se constitue le noyau central qui se grossit ensuite plus ou moins rapidement des mécontents, des mystiques, des désabusés de la force et de la raison, de tous ceux en un mot que ne satisfont pas l’Église et l’État officiels et qui demanderont à la secte nouvelle apaisement, consolation et espérance.

Peu d'hommes ont donné lieu à autant de travaux et de controverses que Kheltchitsky. Épreuve redoutable que ces examens répétés et ces polémiques : il en est sorti plus grand. À mesure qu'on le connaît mieux, où se prend pour lui d’une sorte de vénération attendrie. Chez lui, tout parle au cœur, parce que tout vient du cœur, la doctrine comme l’éloquence. Simple paysan, sans intrigues, sans prétentions scientifiques, sans phrases, il fonde une Église qui, un moment, semble sur le point de conquérir la Bohême entière et traverse sans y périr des siècles de persécution. En vertu de quelle puissance mystérieuse? — Par la force d'une âme pure. Ce qu’il y a de réellement supérieur en lui, c'est la simplicité absolue, l'oubli de toute considéra-

tion extérieure, l’absence de réflexion et d’amour-propre.

Chez personne le dédain de la terre n'a été plus complet et plus sincère. En 1521, on imprima l'ouvrage le plus

1. M. Müller, dans la critique qu’il a publiée sur mon travail, fait remar-

quer que cela n’est vrai que pour l'Unité des premiers temps.— Depuis Loukach en effet, elle se sépare sans doute absolument de ses premiers fonda-

teurs au point de vue dogmatique; mais l'esprit de Kheltchitsky subsiste en elle en dépit de toutes les modifications,

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connu de Kheltchitsky, le Filet de la Foi : « Ce livre, disent les éditeurs dans leur préface, a été composé par un homme respectable et honorable, plein de confiance en Dieu et richement pourvu des dons du Sauveur et de la sagesse de l'esprit saint. » [l avait écrit « beaucoup d’autres livres, et quiconque les lira, se convaincra que Dieu n’avait pas oublié nos ancêtres, mais qu’il avait placé en eux son esprit et les en avait remplis. » C’est bien ainsi que nous apparaît Kheltchitsky : rempli de Dieu; tout ce qui est humain, institutions politiques ou ecclésiastiques, traditions séculaires, doctrines philosophiques, il l’écarte sans pitié; il n’a qu'un but : accomplir la loi du Christ. Les yeux fixés sur le maître, 1l traverse les événements les plus tragiques sans en être affecté, les systèmes les plus pompeux sans en être ébloui. À une époque où les haines d'école sont atroces, il combat tous les partis, sans perdre leur affection et leur estime ! ; ils devinent en lui quelque chose de supérieur à leurs querelles mesquines, sentent passer le souffle divin et s’inclinent. Dans un siècle où tant de théories s'accumulent, il réussit à être original sans invention : il emprunte ses idées un peu partout, mais l’importance relative qu'il leur attribue, les conséquences qu'il en tire, l'expression qu’il leur donne, leur créent une valeur et comme un sens nouveaux. Ses vues semblent quelquefois si modernes, les solutions qu’il propose répondent si bien par moment à nos habitudes actuelles, qu'on est tenté de voir en lui un révolutionnaire. Pourquoi pas? — A condition de ne pas oublier que son inspiration et sa nature ont leurs racines en plein moyen âge. Après tout, les questions ne changent guère, les formules seules varient; sous des costumes différents, le fonds humain demeure, tourmenté des mêmes besoins, hanté des mêmes rêves. Ce

1. Cette estime ressort clairement des efforts que font pour l’attirer les divers partis; l'amitié paraît même survivre à la rupture définitive. Chose curieuse, la seule note discordante est un acte d'accusation lancé contre lui par un frère Bohême (1 1524). Mais Loukach, qui est toujours un témoin assez suspect, fait ici œuvre de polémique, et son récit, qu Je ne présente d’ailleurs qu'avec des réserves, n’a aucune autorité,

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qu’on appelle de nos jours un révolutionnaire, s'appelait au moyen âge un saint.

Les renseignements que nous possédons sur la biographie de Pierre Kheltchitsky sont fort incomplets : nous ignorons jusqu'à la date de sa naissance et à célle de sa mort !. Il naquit probablement dans les dernières années du xiv* siècle à Kheltchitse, petit village tout près de Vodnian, non loin de l'endroit où, quelque vingt ans plus tard, s’éleva la ville de Tabor. Il vint à Prague, prit part au mouvement religieux qui passionnait alors les esprits, et trouva un accueil bienveillant auprès des maîtres et des prédicateurs; 1ls répondaient à ses questions, le guidaient dans ses recherches, lui faisaient même des extraits (en tchèque) des ouvages que son ignorance du latin ? ne lui permettait pas de lire dans l'original. Heureuse ignorance : grâce à elle il ne connut pas le terrible joug de la scolastique, le poids de cette philosophie subtile et compliquée que trainaient toute leur vie ceux qui avaient passé par l’école. Ses écrits portent sans doute quelquefois la marque de l'époque : il raisonne volontiers à coup de citations, multiplie les divisions et les distinctions : mais la contagion n’a été qu'indirecte, elle n’a pas atteint la nature intime : les règles qu'il s’est imposées le fatiguent vite, il s’abandonne à sa verve, brise le plan tracé, ne menant plus ses idées, mais mené par elles, se perdant au milieu des digressions, mais soutenu par son

1. [1 me semble assez inutile d'entrer dans la discussion des points controversés de la biographie de Kheltchitsky. On a prétendu longtemps qu'il avait été cordonnier, c’est une légende qui repose sur une sotte méprise de l’inquisiteur Henricus Institoris. Il paraît très probable qu'il ne reçut pas les ordres. Sur la vie et la doctrine de Kheltchitsky, nous avons déjà cité l'étude magistrale de Goll dans les Quellen und Untersuchungen, I; :ül faut y ajouter un article de 188r, dans le 7chas. tch. M., fort important surtout pour la biographie et la bibliographie. Cp. encore Jiretchek, Rukoviét, et Chafarjik, Z'chas. tch. M., (1874, p. 98). M. Schulz a publié sur le fondateur de l'Unité, — dans la Osviéta (1875), — un travail éloquent et animé qui m'a été fort utile, surtout à cause des nombreux extraits des œuvres de Kheltchitsky qui y sont joints.

2. [l apprit peut-être un peu de latin à Prague, mais il ne le sut jamais

complètement.

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inspiration, tour à tour simple et coloré, brutal et tendre, toujours sincère et toujours imprévu. La plupart des théologiens tchèques, habitués à penser en latin, éprouvaient quelque difficulté à écrire en bohême, et leur style, traînant, embarrassé, alourdi et obscurci d'éléments étrangers, trahissait la recherche et l'effort. La langue de Kheltchitsky est pure de tout alliage; c’est celle du peuple, au milieu duquel il a toujours vécu; elle est quelquefois un peu diffuse, la période se complique et s’allonge, l’auteur lutte contre un instrument encore imparfait, mais l’idée jaillit enfin comme frémissante, et l’impression est d'autant plus forte qu’elle était moins prévue et moins cherchée.

Il eûtété bien difficile aussi à Kheltchitsky, s’il eût passé par l'Université, de ne pas subir l’action prépondérante d’un maître et d’un système. Auditeur et non disciple, il a gardé intacte sa liberté : il cite, à côté de Jean Hus, ses adversaires, Étienne Paletch, Protiva, Stanislas de Znoym. Il reste toute sa vie isolé au milieu des divers partis, séparé des modérés par le respect superstitieux qu'ils conservent pour l'Église catholique, éloigné des Taborites par leur explication du mystère de l’'Eucharistie et, plus encore, par leur fanatisme belliqueux. Rien ne lui était plus odieux; dès 1419, il s'était prononcé contre la légitimité de la guerre, au nom de la parole de Jésus : tune tueras point; les docteurs ayant déclaré qu'on a le droit de défendre par la force la vérité menacée, il les avait flétris du nom de meurtriers. Sa voix s'était perdue au milieu du tumulte des armes et il s'était réfugié dans la retraite et la méditation. Quinze ans plus tard, lorsque les Compactats viennent d’être signés, à l’heure où les convictions les plus fermes hésitent, où les courages les mieux trempés sont brisés et prêts à toutes les concessions, il sort de son silence pour protester contre un lâche abandon et une résignation impie. Comme il avait prêché la paix à ce peuple affolé de violence, il crie à ces populations assoiffées de repos : rien n’est fait, tout est à recommencer. Il n’appartient pas à une âme vulgaire de se mettre ainsi en travers d'un élan général.

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— Une grande faute a été commise quand on a voulu faire triompher par l'épée la loi divine. « La guerre a duré quinze ans, avec de grandes pertes et d’horribles malheurs. » Que de victimes! Que de villages en cendres! Et encore ces pertes matérielles ne sont rien auprès des ruines morales, de la perdition des âmes égarées dans l’obscurité et la confusion des sectes. « Les faux prophètes ont divisé la nation par leurs doctrines diverses, le peuple s’est soulevé contre luimême, l'amour est mort et la haine a éclaté entre les Chrétiens. De ce désordre sont nés pour beaucoup le doute, l’épouvante et, par suite, les plus terribles tourments, car les tourments et les tortures matérielles ne sont rien auprès de cette incertitude dans la foi; personne ne sait plus ce qu'il faut croire : un prêtre a une doctrine et un autre ena une autre !. » L’Antéchrist relève la tête, les pasteurs du peuple oublient leur mission; mais le véritable disciple de Jésus ne ressent n1 fatigue ni désespoir et 1l ne déserte pas son devoir. C’est pour apporter à tous la bonne parole et venir au secours de ceux que négligent leurs instituteurs naturels, que Kheltchitsky écrit ses Dominicales; elles renferment déjà en germe tout son système, tel qu’il l’expose plus complètement dans son œuvre la plus connue, le Filet de la Vraie Foi ?. |

Dieu, pour racheter les hommes, leur a envoyé son Fils, et les regards du chrétien doivent être sans cesse tournés vers ce modèle et ce maître. Jésus est le médiateur nécessaire entre Dieu et l’homme. Kheltchitsky aborde ici avec plus de sincérité et de courage que de précision le redoutable problème de la renaissance de l’homme par la grâce, du

1. Kheltch., Postilla. Cité par Schulz (Osvieta, 1875, p. 150.)

2. Les Postilles ont été composées de 1435 à 1443; le Filet de la Foi, pendant l’interrègne qui suivit la mort d'Albert d'Autriche (1439). Les hommes sont perdus dans l'obscurité de l'ignorance et du péché comme les poissons dans la mer; ils sont ramenés à la lumière par le filet de la foi. Malheureusement deux baleines sont entrées dans ce filet, le pape et l'empereur; ils l’ont déchiré et depuis lors le mal règne sur la terre. Les principaux ouvrages de Kheltchitsky sont ensuite : Discours sur la passion de Jésus d’après l'apôtre Jean, (très important pour la connaissance de sa doctrine sur la grâce): la Bête de l'Apocalypse ; les Bandes bohèmes, etc.

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mérite personnel et de l'intervention divine. fl se livre sur ce point dans son âme une lutte douloureuse. La parole du Christ est si formelle, la parabole de la vigne et des ouvriers si claire : il y revient plusieurs fois, se prosterne devant la grâce. Mais sa volonté de soumission n’étouffe pas.en lui un secret murmure et comme une protestation de son sens pratique et de sa fièvre de vertu. — Avec quelle autorité prêchera-t-on l'effort vers le bien, si on commence par proclamer la vanité de toute œuvre humaine? — Kheltchitsky repousse cependant toute transaction et toute réticence : Jésus nous a apporté la vérité absolue et complète, et cette vérité, il l’a consignée dans son Évangile : là, et la seulement, est la lumière et la vie. Quiconque s’en écarte, de quelque manière que ce soit, tombe dans l'erreur et le péché. [lest absurde de parler de développement et de progrès dans l’Église ; nos seuls guides, nos seuls maitres sont Pa disciples immédiats du Crucifié, ceux qui ont reçu son enseignement de sa bouche ou de la bouche de ses apôtres ï. En vain notre pauvre raison se trouble : inclinons-nous devant les promesses de celui qui est mort pour nous. Nous étions perdus, son sacrifice nous a rachetés ; son sang répandu nous a lavés de l’éternelle condamnation; par nousmêmes nous ne pouvons nous arracher au mal et à la damnation. « Ni un long ni un court travail ne pourraient mériter le royaume céleste ; tu ne saurais l'obtenir que par la grâce de Dieu. » |

A peine cependant Kheltchitsky a-t-1il prosterné la misère humaine devant la miséricorde divine, qu’il se hâte de faire

1. « Toutes choses ont été données au Christ par son père, c'est-à-dire toute puissance pour accorder leur salut complet à ceux qui croient en lui, sans qu’ils aient besoin de chercher ailleurs, hors de lui, dans les hommes et dans les choses. Qui cherche le salut ailleurs ne le trouvera pas. Il n’est ni dans le Pape, ni dans sa puissance ni dans ses institutions, ni dans les évêques, ni dans leurs chevaux : car fausse est leur puissance, fausses leurs institutions, faux est le grand nombre de leurs chevaux pour le salut. Christ seul est la vérité pour le salut de tous ceux qui croient en lui. » (Osviefa, 1875, p. 299.) « Que personne ne craigne ses grands et nombreux péchés, s ÿL a de la bonne volonté et s’il croit qu’on a ouvert une source de grâce si généreusement que le monde eritier pourrait s’y laver de toutes les impuretés qui le souillent, » (Vybor, Il, p. 613.)

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une part à la volonté et aux œuvres, et aussi large que possible. L'Église catholique, qui possède à un degré si éminent l'intelligence des nécessités pratiques, avait été amenée de même à reculer de plus en plus dans la pénombre du mystère la justification par la foi : elle la reconnaissait, mais platoniquement. Tout en insistant sur la nécessité de croire fermement au salut par la grâce, Kheltchitsky proteste contre l'abandon moral, la paresse fataliste, l’attente résignée ; la prédestination s’adoucit et s’atténue, presque jusqu’à disparaitre. — Bien rares sont ceux qui sont sauvés par la foi sans les œuvres; les œuvres ne sont rien sans la foi, mais 1l ne nous est pas interdit de travailler directement à mériter l'élection divine. Si nous sommes remplis de la foi vivante et de l'amour de Dieu et si, dans cette foi et dans cet amour, nous luttons contre Satan et triomphons de la chair, le Seigneur nous en tiendra compte. Malheur à ceux qui murmurent, c'est-à-dire à ceux qui placent toute leur confiance dans leur propre justice : leur orgueil sera châtié; mais, si le véritable et solide gage de notre rédemption est la libre bonté du Seigneur qui crée . l'un sans péché et purifie l’autre par sa grâce, il faut que nous travaillions à mériter son choix par nos efforts et notre repentir !. 7

Ce médiateur cependant, qui a souffert et qui est mort pour nous, l'Église, qui se dit son épouse, l’a oublié et rejeté. Que n’a-t-elle pas mis à sa place? La Vierge Marie, les Saints, dont le rôle et le nombre grandissent chaque jour. On a trouvé pour chacun d'eux une spécialité : personne ne vaut sainte Apollonie pour les rages de dents;

1. Voir sur cette partie Goll, Quellen, II, p. 29-31. Les extraits que donne Schulz me paraissent résumer assez exactement l’opinion de Kheltchitsky : « Si Dieu nous sauve, il ne le fait pas pour nos œuvres et notre justice, mais en vertu de sa miséricorde infinie. Ni par un long ni par un court travail, personne ne mériterait le royaume des cieux, si Dieu dans sa bonté ne le donnait. Mais nous pouvons avoir accessoirement quelque mérite, si, pleins d'amour et d’une foi vivante, nous puisons des forces dans cet amour et dans cette foi. Luttons contre le monde, le corps et ie diable, et remplissons ainsi-la volonté de Dieu. Personne ne peut mériter complètement le salut. » (Osviéta, 1875, p. 302.)

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sainte Barbara guéritles maladies d’yeux, et saint Valentin le haut mal. Vous souffrez : ce n’est rien; pour chaque cas, voilà un saint qui vous soulage, qui vous délivre surtout de l'ennui de tourner vos regards vers le Sauveur t. C'est à eux qu’on vous renvoie aussi pour obtenir votre salut. à prêtres de l’Antéchrist, n'est-il donc pas écrit: Tu. adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul? Au Fils de Dieu a été donné tout pouvoir pour séparer les bons des méchants. Qui cherche le salut hors de lui, ne le trouvera pas. « Quand la mère de Dieu avec tous les apôtres et tout l’empire céleste prierait pour les pécheurs qui se sont détournés de la parole sainte, Dieu ne les entendrait pas ?. »

Et partout cette parole sainte est remplacée par les inventions des hommes. Est-ce l'Évangile qui parle du purgatoire, des messes pour les morts? Ta foi te sauvera, a dit Jésus, ta foi et non celle d’un étranger *. Toutes ces inventions ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, mais elles: détournent l’attention des fidèles de ce quiest réellement utile, le progrès moral, la foi active. Les sacrements, même ceux que Christ a institués, n’ont pas ainsi une action absolue, mystérieuse, indépendante de toute volonté : « [ls augmentent la grâce de Dieu, mais ils supposent qu’elle existait déjà chez celui qui les reçoit : sans l’élection divine, sans la renaissance produite par la grâce, ils sont sans profit +. » C’est en vain que vous mangerez et que vous boirez le corps et le sang du Sauveur avec le pain de l’hostie et le vin du calice, si vous n’avez pas la foi, l’es- pérance'et la charité, vous n’aurez pas la vie éternelle *.

. Osviéta, 1875, p. 378.

. Osviéta, p. 374.

. Osviéta, p. 376-77.

- Goll "Quellén A" p:52:

. Kheltchitsky n’admet à proprement parler que deux sacrements. Les autres sont des coutumes qui, dégagées des complications excessives dont on les a chargées, peuvent être utiles. La confession n'est pas nécessaire et elle peut être reçue par un laïque. Il vaudrait mieux ne baptiser que les adultes. (Goll, Quellen, I, p. 32). La doctrine de Kheltchitsky sur l’Eucharistie a donné lieu à de nombreuses discussions. On a pendant longtemps accusé

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Kheltchitsky a des opinions très précises et très fermes : appuyé sur l'Évangile, il n'admet ni transaction ni concession, même sur les questions secondaires, mais il blâme l'intolérance qui prodigue l’anathème et la mort, il n’admet pas que l’on ait recours à la violence pour assurer le triomphe de la vérité : « Ne livrez à la damnation ni vivant ni mort, car le jugement appartient à Dieu seul. Vous ne savez pas ce que Dieu a décidé pour les morts ni quelles sont ses intentions pour ceux qui vivent encore. Il ne faut désespérer de personne ï.» C’est qu'il est plus chrétien que théologien et que chez lui les préoccupations dogmatiques passent au second plan : lisons l’Écriture en toute simplicité d’âme et remettons-nous entre les mains de Celui qui est mort pour nous, en nous efforçant de mériter sa pitié par notre foi active et confiante. Un cœur pieux, une vie pure, voilà ce qui plaît au Seigneur, et non une casuistique savante. Par là Kheltchitsky est bien un continuateur de Militch, de Ianov, de Chtitny ?, de Hus: en dépit de toutes les divergences qui le séparent des maîtres bohêmes du xv° siècle, 1l a sa place marquée au milieu d'eux : comme eux, il a par-dessus tout le désir de ramener les coupables au bien; seulement l'énergie bruyante et les illusions radieuses des révolutions qui commencent, et qui animaient les ouvriers de la première heure, ne le soutiennent plus; elles ont fait place à la fatigue et au dégoût.

Tous ceux qui ont entrepris de convertir le monde ont été vaincus par lui, leur projet était absurde : quel accord

est possible entre le monde et Jésus? Il n’y a de salut pour

Kheltchitsky et les Frères de nier la présence réelle. M. Goll a établi d'une manière désormais incontestable que c’est là une erreur absolue; le grandreproche que Kheltchitsky adressaitaux Taborites était dene pas croire à la présence réelle; il conteste le droit de consacrer aux prêtres qui se séparent de l'Eglise sur ce point. L'erreur est venue de ce qu’il repousse la transsubstantiation; l’apôtre a dit : le pain que nous rompons; pourquoi ne pas croire l’apôtre plus que Thomas ou Scott?— C'est la doctrine de Wiclif (remanentia panis). V. les documents publiés par Goll (I, p. 69-71). Sur Le sacrements, p. 75-82.

. Osviéta, 1875, p. 383.

2. Sur ces précurseurs de la Réforme bohème, voir mon Histoire de Hus et de la guerre des Hussites, p. 21 et sq., (Paris, 1878).

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