ORIGINES DE L'UNITÉ DES FRÈRES
divers Kheltchitsky a formé son système, me paraît ainsi intéressante, mais secondaire. Il a beaucoup emprunté à Hus et aux théologiens tchèques qui ont eu une action plus ou moins profonde sur le mouvement des idées au xv° siècle; il a subi plus qu'aucun autre écrivain peut-être de cette période l'influence de Wiclif dont il accepte la plu-. part des conclusions ï. Il est certain enfin qu'il y avait des Vaudois en Bohême, au commencement du xv° siècle, dans la Bohême méridionale surtout, c'est-à-dire dans fa région où se répandirent le plus rapidement les idées radicales, et 1l est très probable que Kheltchitsky a recueilli au moins la tradition de leurs prédications ?. Mais arrivâton à démontrer, phrase par phrase, qu’il a simplement reproduit les idées répandues autour de lui, il n’en demeurerait pas moins que des causes plus générales expliquent seules son originalité et son influence.
L'invention ne consiste guère à dire ce que personne na dit auparavant : en matière religieuse surtout, tous les novateurs vivent sur un fonds commun qui n'a pas varié depuis les origines du christianisme : les adversairesles plus
1. Kheltchitsky a exprimé avec beaucoup de netteté ses sentiments pour Wiclif dans sa Réplique à Rokytsana (publiée par Goll, Quellen, II, p. 83) : « Comme tu cites Wiclif et aucun autre docteur, dit-il, tu sembles lavoir en plus haute estime que les autres;ou peut-être l’as-tu pris pour caution, parce que tu crois que je m’appuie de préférence sur lui, tandis que je rejette les autres opinions des hommes et que je fais peu de cas des autres docteurs. Sache que je m'attache à tous les maîtres, les maîtres sacrés ou ceux de maintenant, autant que leur science m'a montré la voie et m'a ouvert l'intelligence de tout ce que Dieu ordonne dans sa loi. J’ai à la vérité une estime particulière pour Wiclif, parce que, à ce que j'entends dire, aucun des anciens ou des nouveaux docteurs n’a aussi bien parlé et écrit contre le poison qui s’est infiltré dans l'Église. » Mais ce respect profond n’entraîne pas l’abdication de la réflexion, et Kheltchitsky réclame vis-à-vis de lui comme de tout autre son indépendance complète. M. Goll, (p. 36), signale en effet une différence fort importante entre Kheltchitsky et Wiclif : d’après celui-ci, l'harmonie doit régner entre l’ Église et l'État ; d’ après celuilà, il ne doit y avoir entre eux aucun rapport.
2. Ilest démontré aujourd’hui que les doctrines vaudoises ont exercé une très réelle influence sur le développement du Hussitisme et en particulier sur les sectes populaires. Cp. Preger, Ueber das Verhæltniss der Taboriten zu den Waïldensern, Munich 1887. Mais on tend maintenant à l’exagérer. Müller va de même trop loin quand il dit que les Frères « sont des Vaudois hussites. » Voir Goll, Die Waldenser im Mittelalter und ihre Literatur, dans les Forschungen de Sickel, 1888, p. 345.