‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 217 sur 289 · ORIGINES DE L'UNITÉ DES FRÈRES · texte numérisé non relu

ORIGINES DE L'UNITÉ DES FRÈRES

éloignés se distinguent moins par l’ensemble des croyances, dont la somme est toujours sensiblement la même, que par l'importance relative qu'ils attribuent à certains dogmes. Quelles que soient donc les sources dont il s’est inspiré, Kheltchitsky est avant tout le fils légitime et direct du mouvement hussite. Il le termine et l’achève:iltraduit avec une éloquence supérieure et une logique inflexible les aspirations d’une partie du peuple à cette heure de la révolution, — l'amour libre de Dieu, la rénovation morale en dehors de toute intervention officielle. Par là s'explique que, sans propagande, il ait laissé plus de disciples qu’il ne l’espérait, peut-être même qu'il ne le désirait. Sa mort {de 1455

à 1457) passa inaperçue comme sa vie avait été ignorée, mais la semence jetée au vent avait trouvé un sol bien préparé, et, un quart de siècle plus tard, dans les districts les. plus éloignés de la Bohême, des milliers de croyants, instruits par ses lecons et convertis à sa doctrine, travaillaient à construire l’église idéale qu 1l avait entrevue ‘. |

1. Les adversaires des Frères se rendirent un compte très net des conséquences antisociales de ces doctrines : voici par exemple ce que dit le jésuite Venceslas Sturm, dans sa Comparaison de la foi (Srovnani Viry, 1582) : « J'avais beaucoup entendu parler de Kheltchitsky et j'étais curieux de savoir ce que c'était que cet homme et les mérites qui lui valaient tant de louanges des Frères. J'ai commencé ainsi à lire avec beaucoup d’avidité le Filet de la foi, livre assez étendu et développé. Il est rempli de tels blasphèmes contre Dieu et les saints, de telles attaques contre les personnes laïques et ecclésiastiques, d’erreurs si énormes et si effrayantes que je n’ai pu me défendre par moments d’une certaine terreur. Il est dirigé en partie

contre les autorités temporelles et spirituelles et il attaque les droits des

citoyens, de l’empereur, des ecclésiastiques, de telle sorte que si les gens suivaient ce livre et ses doctrines, 1/ ne pourrait plus subsistèr de villes, d'état, de royaume, d’empire, de seigneurs, de classes, de droit, de constitution : toutes choses devraient disparaître et être détruites. Il n’est pas seulement contraire à l'Écriture, mais à la loi naturelle et à la raison. » (Cp. Sabina, Histoire de la littérature tchèque, p. 742.) Le passage me paraît curieux parce qu’il met très nettement en présence le christianisme officiel, expurgé à l’usage du monde, et le christianisme primitif et réel.

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