PROGRÈS DES FRÈRES BOHÊMES
vain symbole ou une vague superstition, s'éloignaient de l'Utraquisme abâtardi. Ils demandaient aux disciples de Kheltchitsky un enseignement moins vide etune foi plus vivante. Ils apprirent d'eux la dignité de la vie, la gravité austère,
le respect des choses de la conscience, le dévouement
sérieux à la patrie, le courage calme et résigné, toutes les vertus en un mot qui jettent comme une lueur d’héroïsme sur les derniers jours de la liberté tchèque. Tous les seigneurs malheureusement ne se mirent pas à leur école.
— Une part de responsabilité dans la révolution qui s’ac- :
complit alors en Bohême ne revient-elle pas aussi à l’'Unité? En prêchant aux paysans l’obéissance et le sacrifice, n’a-t-elle pas énervé leur force de résistance et facilité l’établissement général du servage? N’a-t-elle pas, d’autre
part, en répandant l'habitude de la libre réflexion, favorisé
chez les seigneurs l'esprit d’insubordination et de révolte?
Dans tous les cas, ces torts, fort involontaires et assez problématiques, elle les a amplement rachetés en donnant à la
patrie des hommes tels que Charles de Ziérotyn et Ven-
ceslas Boudovets de Boudov.
Pendant qu’elle commençait ainsi à pénétrer dans les classes riches, l'Unité faisait de nombreux prosélytes parmi les paysans et les ouvriers. Ses progrès, comme il est natirel, avaient été particulièrement rapides dans la région où elle s'était implantée tout d’abord. Puissante surtout dans les cercles de Kralové-Hradets ' et de Pardoubitse où se trouvent jusqu’au xvu° siècle les consistoires les plus importants, elle rayonnait sur tout le nord-est de la Bohême qu’elle avait couvert de ses églises. Mlada Boleslav ? et Litomychl étaient comme les deux capitales de ce centre du nord-est, qui fut toujours le principal foyer de l'Unité. Vers la fin du xv° siècle, les Frères avaient de nombreux partisans dans deux autres régions, l’une dans le sud, dans le cercle de Pisek, l’autre au nord-ouest, dans celui