Neuhaus, NTNN EE
LOUKACH DE PRAGUE : 343
lixtines l'avait un moment réduit à quitter la ville:(1480): Il se destinait au clergé, mais il était tourmenté par des terreurs et des doutes que ses méditations et ses lectures ne dissipaient jamais entièrement '. Un de ses collègues lui remit les traités des Frères : la simplicité de leur foi, l’austérité de leur morale séduisirent cette âme passionnée et inquiète; ce théologien, plus logique que constant, inflexible au milieu des variations de sa doctrine, fait pour le commañndement et la lutte, subit le charme de la modération tolérante et de la douceur résignée des premiers maîtres de l'Unité. Il entraîna dans sa conversion son frère aîné Jean Tcherny, célèbre plus tard comme médecin, et un jeune bachelier, Laurent Krasonitsky. Bientôt cependant ses habitudes scientifiques et son goût naturel de logique lui rendirént insupportable la timidité des Frères. « Appliqué, fidèle, puissant par l’action » (Blahoslav), il annonçait l’apparition d’une génération nouvelle; aux enthousiastes de la première heure succédaient les organisateurs; aux prophètes, les théologiens. L’'Unité recut de lui ses institutions régulières et son credo. Aussi l’aimait-il comme son œuvre, veillant avec un soin jaloux à ce qu’elle n’échappât pas à son influence et ne se perdit pas dans quelque Église étrangère; si elle résista à l'attraction de Luther ét ne dévint pas une des sectes du protestantisme allemand, lui seul en est responsable. Blahoslav le compare à une « épée aiguisée introduite dans l'Unité. » Il a en effet du conquérant et du
1. D’après le récit de Loukach lui-même son développement moral rappelle celui de l'Unité. Il avait connu les combats intérieurs et les angoisses des compagnons de Grégoire. Il y fait probablement allusion dans un traité sur l’Antéchrist dont M. Goll a publié des fragments (7'chas. 1883, p. 367), et oùil parle de ceux à qui il est donné de chercher et de trouver ‘la vérité dans la crainte et le doute. Rien de plus naturel que ces tristesses et ces inquiétudes avec les opinions qu’il professait alors. «Tu as écrit, lui répond un jour Procope, que s’il manque une seule vérité, tout périra comme fa barque à laquelle il manque une planche. » (74 p. 363). L'état d'esprit dans lequel il se trouvait n’est pas sans analogie avec celui de Luther dans sa jeunesse, et il y a d’ailleurs entre eux plus d’un trait de ressemblance. Il subit l'influence d'un Calixtin ardent qui fut pour lui ce qu'avait été Rokytsana pour les amis de Grégoire : il s’agit-sans doute ici de Michel le Polomais. Un de ses amis lui communiqua les ouvrages des Frères, et: il entra dans l'Unité après 1481.