‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 249 sur 289 · ANARCHIE ET DÉCADENCE · texte numérisé non relu

ANARCHIE ET DÉCADENCE

dépasse toute imagination ; les diètes sont nombreuses, mais on n'y prend aucune des mesures qui seraient utiles à la patrie; nous avons sans cesse à la bouche les mots de paix et d'union, mais à la bouche seulement. Les ecclésiastiques, qui devraient exposer leur vie pour le salut des âmes, se taisent : 1ls craignent plus ceux qui menacent leurs corps, que Dieu dont la condamnation les livrera à d’éternels chàtiments; ils ont plus de colère pour ceux qui usurpent leurs biens que pour ceux qui propagent la superstition et l’erreur. Après tout, 11s méritent peut-être encore d’être excusés à cause du peu de crédit qu'ils conservent chez nous; mais les laïques! Ils croupissent dans la débauche et la paresse, se réjouissent de l’état actuel ou poursuivent avec une telle fièvre les honneurs et les richesses qu’ils négligent et dédaignent leurs devoirs envers Dieu et envers les hommes. Le roi lui-même, dont tous les peuples chrétiens vantent et célèbrent la piété, refroidi par l’âge ou par le dégoût, demeure inactif en Hongrie, comme s’il avait été frappé d’apoplexie. Ah, mon ami, jadis, quand, sous les Ottons, les Henri et les Frédéric, la Germanie florissait et que sa puissance était partout reconnue, la Bohême passait pour la plus puissante partie de votre Empire; maintenant que l'Allemagne périclite, nous aussi nous déclinons et nous périssons. Après les Assyriens, les Perses, les Macédoniens et les Romains, nous donnons à la postérité un nouvel exemple de la manière dont s’effondrent les royaumes. Et notre sort est pire encore, puisque ce ne sont pas seulement nos richesses et nos biens, mais nos âmes mêmes qui sont exposées au plus terrible péril ‘. » Les prévisions que suggérait au poète sa haine de l'hérésie, n'étaient que trop

exactes; c'était bien la vie et l’âme de la Bohême qui étaient

en cause.

AP). Il ne faut jamais prendre tout à fait à la lettre les lamentations 2 moralistes, mais Bohuslas ne fait guère ici que résumer les témoignages de tous les contemporains. — Bohuslas était catholique et, à ce titre, favo-. rable à l'Allemagne; on l’a accusé de manquer de patriotisme, — ce qui est exagéré, — mais son patriotisme était bohème, non pas slave. 5 2

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