LA BOHÈME VERS
l'influence de Hlavsa et de Pachek et les progrès de l’opposition au gouvernement de Lev étaient autant de causes d’anarchie. Aucun gouvernement : les partis en armes, les ligues particulières en guerre les unes contre les autres; le château de Prague, aux mains des complices de Rozmital, braquant ses canons contre la cité; les prises d'armes de la commune, dont la seule annonce répandait l'inquiétude et l’épouvante dans le pays tout entier ; les routes infestées de bandits, les diètes inutiles et troublées par des scènes scandaleuses ;— les impôts ne rentraient pas ou ne servaient qu’à enrichir les hauts fonctionnaires; les assemblées de districts se substituaient au pouvoir central. En haut, l’autorité aux mains d’une bande de voleurs ; en bas, les paysans râlant sous le poids de la misère générale.
Comment de pareilles conditions politiques n'auraientelles pas eu de désastreuses conséquences sur l’état moral et intellectuel du pays? Leur longue et victorieuse lutte avec l'Église catholique avait développé chez les Tchèques, nous l'avons rappelé à propos du règne de Podiébrad, avec un très vif sentiment d’orgueil national, une sorte de timidité farouche; à un moment où, bien que le sentiment religieux fût très affaibli, l'autorité de la cour romaine était encore incontestée, leur hérésie les mettait en quelque sorte hors la loi; ils répondaient à cet ostracisme par une réserve hautaine, évitaient les universités étrangères, où ils n'auraient rencontré que défiance ou insultes. Les progrès même de la Réforme allemande ne rétablirent pas sur le champ les relations de la Bohême et du reste de l'Europe, et ce ne fut guère que dans la seconde moitié du xvi* siècle, surtout grâce à l'Unité des Frères, qu'elle se mêla de nouveau plus activement au mouvement général de la civilisation. Cela nous explique la lenteur avec la-