RÉACTION OLIGARCHIQUE DE
à Lev. Après un premier moment d’émoi, les vaincus relevaient la tête; les places perdues étaient de celles qu’on ne quitte pas sans regret. Lev était fort habile; ses amis personnels et ses complices, fort nombreux, — non pas assez cependant pour lui rendre la majorité; il chercha un programme, un mot d'ordre, sous lequel se dissimuleraient ses ambitions. On avait trop abusé des paroles de liberté, personne ne redoutait sérieusement la tyrannie : mais dans un pays bouleversé par tant de révolutions, les prétextes ne manquaient jamais aux factions; 1l abandonna le terrain politique qui ne lui était pas favorable, et s’adressa aux passions religieuses.
Comme 1l avait toujours défendu avec beaucoup de zèle les intérêts catholiques, ses remplaçants avaient tout naturellement été choisis parmi les Utraquistes, quelques-uns même assez avancés, plus ou moins ouvertement gagnés aux idées luthériennes; on les représenta comme les adversaires de la foi nationale et on dénonca la grande conspiration contre le Hussitisme. La charge de «juge aulique des villes royales » avait été enlevée à Pachek de Vrat et donnée à Hlavsa : pas plus que Lev, Pachek ne se consolait de sa défaite. Leur rancune réunit ces deux hommes, dont la rivalité avait si longtemps rempli la Bohême d’agitation et de terreur. Hlavsa et les nouveaux conseillers penchaient vers les doctrines luthériennes : leurs innovations déplai- Saient à une partie de la population, plus superstitieuse que croyante. Lorsqu’arrivèrent les élections, ils furent battus, et Pachek fut de nouveau nommé primat de la ville. Servi par l’impéritie des novateurs, il s’occupa de mettre son pouvoir à l'abri de toute contestation. Ce fut le pendant du coup de main de 1483, mais cette fois les progressistes furent les victimes de la révolution. Les ennemis de Pachek furent chassés de la ville, des règlements séveres édictés contre tous ceux qui s’éloigneraient de l'Utraquisme .
1. Nous reviendrons sur le détail des événements au chapitre 11 du tome Ii, à propos de l'introduction de la Réforme en Bohême.