‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 277 sur 289 · COUP D'ÉTAT DE · texte numérisé non relu

COUP D'ÉTAT DE

château de cartes oligarchique. La constitution, telle que

l'avaient établie les usurpations des nobles, était un prétexte à anarchie et non une garantie de liberté. Les prérogatives des diètes étaient aussi excessives que vaines; elles arrêtaient le fonctionnement de tout gouvernement régulier,

mais n’opposaient qu’une très faible barrière aux envahis-

sements d’un pouvoir tyrannique. Dans toutes les crises analogues, la masse de la nation est ou bien secrètement favorable aux attaques dirigées contre une poignée de privilégiés, ou au moins indifférente. Les nobles n’opposeront pas une résistance beaucoup plus sérieuse à Ferdinand I°' ou à Ferdinand II qu’à Louis: seulement, il ne s'agira plus uniquement alors de leurs privilèges, et la royauté abusera de sa victoire pour soumettre le pays au plus écrasant des despotismes.

Louis n’avait pas de si vastes projets; il ne contestait pas

les droits de la diète. À quoi bon d’ailleurs? Elle montrait une docilité exemplaire, accordait les impôts qu'on lui

demandait, votait les lois qui lui plaisaient le moins. Lev et ses partisans, cités pour y rendre leurs comptes devant le Tribunal du Pays complètement renouvelé, s’humiliaient, suppliaient Sigismond de Pologne d'intervenir en leur faveur. Les affaires du roi ont plus avancé en dix jours qu'auparavant en dix mois, écrivait un de ses conseillers. Ses partisans s'abandonnaient à toute l'ivresse du triomphe et saluaient avec joie l’aurore d’une ère nouvelle, où la royauté, assurant le respect de tous les droits légitimes, .. le pays dans une voie de paix et de prospérité.

Malheureusement, les coups d’état ont leurs lendemains. Louis, capable d’un acte d'énergie, manquaitabsolument des qualités de modération ferme et de prudence persévérante qui seules auraient rendu la victoire féconde et durable. Les Hongrois sollicitaient son retour, et le péril turc était si imminent qu’une plus longue absence eût été plus que témé-

raire. Il confia l’administration du royaume -à Charles de

Münsterberg, Jean de Wartenberg et Vojtiech de Pernstein, honnêtes gens, médiocres, timorés, hésitants, fort inférieurs

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