ÆNEAS-SYLVIUS PICCOLOMINI
hargneux qu'il était impuissant ‘. L'autorité du jeune prince était en effet des plus minimes, heureusement pour lui : l'usage qu'il en aurait fait lui eût bien vite aliéné tous les esprits. Georges gouvernait sous son nom, était le véritable roi ; que n'obtiendrait pas l’Église s’il lui prêtait son adhésion? Était-il donc impossible de le gagner ?
En 1451, l'empereur Frédéric IIT avait envoyé comme
ambassadeur en Bohême un de ses conseillers les plus écoutés, Æneas-Sylvius Piccolomini ? : pour la première fois,
la politique mettait en présence les deux grands adversaires dont la lutte devait troubler l'Europe entière. Æneas-Sylvius n’était rien moins qu’un fanatique : sa jeunesse accidentée, ses relations avec les partis les plus opposés, les
nombreuses et grandes affaires auxquelles il avait été mêlé,
avaient aiguisé chez lui un esprit naturellement fin, et ouvert une intelligence d'elle-même très compréhensive. Sa foi était trop tiède pour être très intolérante : non pas qu’il fût sceptique, mais il était de son pays et de son temps; même dans ses plus grands enthousiasmes, il entrevoyait les revers des: opinions et des choses; ses convictions étaient si mobiles qu’elles n'avaient pas le temps de grandir et d’en-
vahir son âme entière. Il avait des passions vives, mais el-
les venaient de la tête. Très versé dans les lettres ancien-
nes, son goût pour l'antiquité était peut-être ce qu'il y avait en lui de plus réel et de plus sincère, bien qu'il ne fût
as non plus absolument exempt d'affectation. Il avait eu P F | de grands succès comme orateur, en était fier, et en abusait
quelquefois. Tourmenté d'une ambition que la tiare même
ne satisfit pas entièrement, 11 tenait plus à laisser un grand nom qu’a accomplir de grandes choses. Observateur péné-
. trant, il connaissait les hommes, mais se trompait quel-
quefois sur leur compte par une certaine tendance à les
1. Les sentiments de Ladislas étaient de notoriété publique. « Il était fort mal disposé pour l'hérésie », dit Eschenloer, éd. allem., 1, 18. Il ne perdait aucune occasion de manifester son mépris pour le calice.
2. Voir l'intéressant portrait d'Æneas dans Zeller, Zfalie et Renaissance, 2° édit, t. 1, p. 27-45. Fa