LA BOHÈME ET LE PÉRIL TURC
appelée à jouer un rôle capital, et de fait, pendant le xve et
le xvi° siècle, elle forme comme la réserve de l’armée qui arrête les Ottomans. Sans les ressources presque inépuisables en hommes et surtout en argent qu’elle fournit à ses rois, 1l est possible que le duel de l'Autriche et de la Tur-
uie se fût terminé autrement. Vers le milieu du xv° siècle, 1 ?
son alliance était précieuse. Elle avait un chef prudent, habile, respecté; la vaillance de ses soldats était renommée, l’habileté de ses capitaines célèbre '. En présence du péril
commun qui menacait la Chrétienté, le plan que la Curie
avait caressé jusqu'alors, réduire la Bohême par l’anarchie, outre qu'il était désormais bien chanceux, aurait revêtu un caractère odieux d’égoïsme ; on aurait accusé la papauté, non sans raison, de faire fi des intérêts supérieurs de l'Europe pour satisfaire ses rancunes. Elle le comprit, et sa politique changea, non de but, mais de moyens; elle chercha un allié dans Georges : pour prix de l’appui qu’elle était toute prête à lui offrir, il se livrerait à elle et lui ramènerait le pays. |
Les Catholiques étaient sûrs de Ladislas : élevé dans la haine de l’hérésie, le jeune roi ne dissimulait pas ses sentiments, les étalait avec une imprudente hauteur; il affectait dans ses rapports avec Rokytsana un dédain d’autant plus
science et de l’art, la fidélité à ses amitiés. Il explique d'une manière un peu subtile son inertie ordinaire par la profondeur de sa pensée politique :
Il apercevait l'avenir et jugeait inutile de suivre avec trop d’attention des in-
cidents qui ne pouvaient pas modifier le résultat certain (p. 8). — Sa prévoyance l’avertissait probablement que l'heure n'était pas venue de prendre l'offensive contre les Turcs. Il nourrissait de grandes espérances pour la maison d'Autriche, mais il ne songeait guère à épuiser ses forces dans une guerre dont il n’eût tiré aucun avantage direct. Il y a sans doute une part d’exagération dans le panégyrique de Bachmann, mais il est incontestable que la sévérité avec laquelle on traitait auparavant la mémoire de Frédéric était injuste; il avait des qualités réelles, nous y reviendrons (v. t. If, Fondation de la monarchie autrichienne).
1. Ces faits ont été contestés par M. Voigt, Georg von Bæhmen, der Hussitenkœnig, (Sybels historische Zeitschrift, v. p. 448-49); on ne saurait
guère nier cependant qu'à cette époque toute l’Europe centrale et orientale ne s'inspire de la tactique des Bohêmes, et que les bandes formées sur le:
modèle des troupes taborites ne constituent une force redoutée. Toutes les fois qu'une guerre s'engage, la supériorité de Georges de Podiébrad éclate.
Ld Le.