Cp. Voigt, Sybel's hist. Zeitschrift, V p
2. Palatsky a réuni les documents relatifs à la mort de Ladislas dans une brochure très curieuse : Zeugenverhær über den Tod K. Ladislau's von Un- &arn und Bæœhmen, Prague, 1856. Voigt, qui discute les conclusions de Palatsky, avoue : « De là ne suit pas, tant s’en faut, que Georges ait eu recours
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Que Ladislas ait éprouvé une sympathie très vive pour le Gouverneur, c’est ce qu’il me semble difficile d'admettre, en dépit des textes que l’on apporte ï. Tous les ménagements et toute la réserve de Podiébrad n’empêchaient pas que la puissance ne fût entre ses mains et que le jeune prince ne dût être vivement froissé de cette subordination. L’exécution de La-:.
dislas Hunyade ?, préparée avec une rare duplicité et accom-
plie avec une impitoyable cruauté, nous révèle ce qui s’agitait dans cette âme obscure, meurtrie depuis son enfance. La différence était grande, dit-on, entre Hunyade qui avait mortellement offensé le roi et ne cachait guère ses rêves am-
au crime pour se débarrasser du roi... Dans l'état actuel de la science, l’empoisonnement est une hypothèse que l’historien ne doit pas admettre, même comme pensée de derrière la tête. » (Op. cit., p. 421.) Bachmann, dont tout le récit est combiné de manière à rendre vraisemblable la culpabilité de Podiébrad, n'ose pas cependant conclure contre lui.
1. Ladislas n'a jamais cessé de témoigner de l’aversion que lui inspiraient les Utraquistes et les Bohèmes. Æneas-Sylvius raconte à ce sujet une anecdote caractéristique. En 1454, un prêtre utraquiste se préparait à célébrer la messe dans une chapelle du château royal; le roi, qui avait désigné cette chapelle pour y faire ses dévotions, envoie un officier avec ordre de saisir le prêtre parjure et de le précipiter du rocher s’il ne s’en va. (Histoire de Bohême, ch. Lxu.) « Nec unquam hæreticorum Ecclesias, quamvis rogatus, intravit nec sacris eorum interfuit, » Il assiste d’une fenêtre à une procession utraquiste et ne montre aucun respect pour le Saint-Sacrement, afin de ne pas paraître honorer Rokytsana. (/d). — Les récents événements l’avaient encore aigri. À sa rentrée à Prague (1457), Rokytsana va le recevoir à la tête de son clergé; on remarqua que le roi ne le remercia que sur l'invitation de l'Administrateur : on devine avec quelle grâce. Quatre jours avant sa mort, il assiste à une sorte de tournoi entre un Allemand et un Tchèque : le Tchèque, gravement blessé, se rend à merci; Ladislas, tout joyeux, donne le prix à l'Allemand et le félicite de son bonheur: s'il avait été vaincu, il est probable que son adversaire ne lui aurait pas fait grâce de la vie.—On ne voit pas trop pourquoi sa haine aurait fait exception pour Georges. Il y a bien la phrase d’Eschenloer : « Le malheureux Ladislas aimait Georges jusqu'à sa mort. » Mais n'est-il pas évident qu'Eschenloer cherche par là à rendre plus odieuse la conduite dé Podiébrad ? Et des témoignages, même moins intéressés, pourraient-ils prévaloir contre les faits ? Ladislas n’avait-il pas prouvé par sa conduite en Hongrie ses véritables sentiments pour ses trop puissants protecteurs ? Lorsque Georges va le trouver à Vienne, il demande un saufconduit : les négociations sont aigres; le roi ne cède que devant la menace. Sur plusieurs questions graves, la frontière de Saxe, la Silésie, la politique du roi et du gouverneur était différente : le roi était obligé de céder, mais que de rancunes ces défaites amassaient dans son cœur! Il affectait de séparer sa cause de celle de Podiébrad, et c'était une sorte de mot d'ordre des adversaires de ce dernier : le roi n’était pas libre. Cp. Grünhagen, p.200 et sq.
2. Lire dans Saint-René Taillandier le dramatique récit des événements de Hongrie, p. 65 et sq.
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bitieux, et Podiébrad dont tous les efforts tendaient à affermir le trône de Ladislas. Est-il bien sûr qu’elle parût si évidente à Ladislas !? Les situations sont plus fortes que les volontés ; telles qu’elles étaient, les relations de l’Administrateur et du souverain devaient rendre le premier odieux au second. Le roi avait essayé de secouer le joug, sans succès. Son échec l'avait encore ulcéré; depuis son retour à Prague, il se montrait plus malveillant et plus sombre que jamais. Tous ces détails, relevés avec soin par les adversaires de Podiébrad constitueraient une présomption grave contre Ladislas si Georges était mort subitement; par quel artifice de logique essaierait-on d’en tirer un argument contre Podiébrad? Ce qu'il faudrait démontrer, en effet, c’est non pas que Ladislas détestait Georges, — ce qui importe peu, — mais que Georges n’aimait pas Ladislas et désirait se débarrasser de lui. Or, tout prouve au contraire que, malgré les imprudences et l’ingratitude du jeune prince, il s'était sincèrement attaché à cet enfant. Lorsqu'il s’efforçait d'éviter à son inexpérience des fautes irréparables, lorsqu'il le détournait d’une politique au bout de laquelle il n'aurait trouvé que la guerre civile et l'exil, ne lui donnait-1l pas un éclatant témoignage de la sincérité de son dévouement? Il lui eût suffi d'abandonner à lui-même ce jeune fou pour qu'il soulevât bientôt contre lui les deux tiers de ses sujets. Il se consolait des déboires qui payaient sa fidélité, par la pensée qu'un jour viendrait où Ladislas, se dégageant des préjugés dans lesquels il avait été nourri, lui saurait gré de ses conseils ; la reconnaissance de l’homme le dédommagerait de la mauvaise humeur de l’adolescent. Pourquoi l’aurait-il supprimé?—Pour ajouter à sa puissance un titre ! — Que gagnait-il à placer sur sa tête une couronne ? Ni l'élévation de son esprit, n1 la netteté de son 1ntelligence, ni l’ensemble de sa conduite ne permettent de supposer qu'il fût accessible à de vulgaires et banales séductions.
1. Aujourd'hui encore n'est-elle pas contestée par plus d'un historien ? M. Voigt, par exemple, rend Georges responsable de la rigueur des conditions que là diète avait imposées à Ladislas, avant de le reconnaître. C’est. une erreur, jen suis convaincu: Ladislas l'était-il autant ?