LADISLAS ET PODIÉBRAD
Etenrevanche, que de difficultés, que de dangers ouvraitcette mort? Ladislas n’était-il pas le lien qui tenaitréunies les diverses parties du royaume? La Curie, rassurée jusqu'alors par la présence d’un roi catholique, n’augmenterait-elle pas ses exigences s’il venait à disparaître? Toute l'œuvre de réorga- . nisation et de relèvement était mise en question. L'autorité de Georges perdait ce caractère de légitimité et comme cette sanction du droit qui lui avaient été si précieux, et de fait, il ne fut jamais aussi puissant comme roi qu'il l'avait été comme gouverneur. Dira-t-on qu'il ne s’est pas douté des conséquences de cette mort, si faciles cependant à prévoir ? — Il faut donc l’accuser non seulement d’ambition, mais d'une bien singulière imprévoyance, prétendre qu'il ne connaissait n1 l’état réel du pays, ni les dangers, plutôt voilés que conjurés, de la situation : il faut lui attribuer en même temps qu'un crime une sottise. Tout semble ainsi se réunir pour établir l'innocence de Georges. La douleur était grande, nous disent les vieilles chroniques tchèques, parmi les seigneurs qui suivaient le cercueil de Ladislas, depuis le plus puissant jusqu'au moindre, mais, de toutes, la plus grande était celle de Administrateur. Cette tristesse était sincère. Il pleurait sur le jeune prince que la mort lui avait enlevé avant qu’il en eût fait un véritable roi, et il pleurait peut-être aussi sur lui-même et sur les malheurs qui menacaient la Bohème. Cette douleur ne lui fit pas oublier ses devoirs. En présence d’une catastrophe qu'il n'avait ni désirée ni prévue, il n’hésita pas plus qu'il n'avait hésité quand il s’était agi d’assurer le triomphé des Hussites en enlevant Prague à Menhart de Hradets. Il commença par déclarer qu'il n’entendait rien abandonner des pouvoirs qu'il tenait de Ladislas et qu'il se considérait comme le chef légal du pays, tant que duraient les fonctions qui lui avaient été confiées. Puis il mit toute son activité à faire transformer en autorité perpétuelle et régulière sa charge temporaire et extraordinaire
1. 1] est nécessaire de dire un mot du récit suivant lequel Ladislas mourant aurait légué le royaume à Georges. Le fait est raconté très longuement dans l'Histoire de Bohéme de Sylvius, ch. Lxx, p. 142 : « Georgius et Ipse vOCa-