PODIÉBRAD ROÏ DE BOHÈME: PT
Podiébrad ne laissa pas à ces bonnes volontés le temps de se refroidir. Les candidats évincés étaient nombreux, mais aucun d’eux n'était très redoutable. Les rivaux de Georges, déconcertés déjà par les nouvelles de Rome, ahuris par la rapidité de ses allures, ne songèrent même pas à s'engager à fond. Les provinces annexes étaient froides ou hostiles, mais leurs rancunes ne seraient devenues dangereuses que si elles avaient trouvé un chef assez fort et
l'élection » et accusaient les seigneurs qui les avaient abandonnés. L'élection de Georges a donné lieu à de très vives discussions. Les deux travaux les plus importants sur ce point sont Tomek, VI, 289-098, et Bachmann, Ein Jahr bœmischer Geschichte. Deux objections graves ont été proposées contre la validité de l'élection : d’abord, la Bohême proprement dite était seule représentée à la diète; la Moravie, la Silésie et la Lusace n’y avaient pas de délégués.— Ce fut la prétention constante des Tchèques de s’attribuer le droit exclusif d’élire le prince; cette usurpation, aussi contraire au droit qu’à l'équité et à une saine politique, provoqua d’ardentes récriminations dans les provinces. Il faut remarquer seulement qu’en 1458 les précédents étaient favorables aux prétentions bohêmes (V, Kalousek, Tcheské statni pravo (Ze droit d'État tchèque), p. 294 et sq.). — En second lieu, une diète, siégeant à Prague, était, par cela même, l’objet d'une suspicion légitime ; elle subissait la pression irrésistible de l'opinion publique. — Il est certain, sans doute, que la population désirait vivement le succès de Georges, et que ses vœux firent quelque impression sur les Etats ; mais, dans ces termes-là, cette action de l'opinion publique ne vicie pas le résultat du vote; on en viendrait autrement à prétendre qu’il n’y a de lois votées librement que celles qui sont absolument contraires aux espérances de la majorité. Y eut-il fraude ou violence ? Dlugos parle de l'intimidation des seigneurs catholiques, mais Eschenloer dément le fait avec une netteté remarquable : « Tous les Bohémes qui étaient présents, dit-il, de l’obédience romaine ou de la secte de Rokytsana, les uns et les autres, furent unis et libres dans cette élection. » Il est incontestable qu’'Eschenloer, dont l'hostilité à Georges est bien connue, a plus d'autorité ici que Dlugos. On a cité comme preuve de la terreur qui pesait sur la ville, le départ précipité des envoyés de Sautzen et de Gœærlitz, les seuls représentants des provinces qui eussent paru à la diète : ils auraient jugé prudent de se retirer en présence de l’émotion populaxe, Rien ne montre cependant qu'ils aient été réellement menacés; ils se sont probablement éloignés, parce qu’ils n'avaient plus aucun doute sur le résultat de l'élection et qu’ils ne voulaient pas le sanctionner en quelque sorte paf leur présence. Les débats furent conduits avec beaucoup de dignité et de sétieux ; les hésitations mêmes des Catholiques établissent leur liberté. Y eutil des voix achetées ? Tout ce qu’il est permis de dire, c’est qu'aucun document sérieux ne l’affirme. Zdeniek de Sternberg prit aux débats une part prépondérante, enleva le vote. Jean de Rosenberg et Zbyniek de Hasenbourg furent aussi favorables à Georges : tous trois étaient catholiques. Par quels moyens avait-il gagné leur appui ? Il est probable qu’on ne le saura jamais, Voigt suppose que la question des biens du clergé joua un rôle, et cette opinion n’est pas invraisemblable. En somme, il ne faut pas éplucher trop sévèrement les élections, et celle de Podiébrad semble être de celles qui supportent encore le mieux l'examen.