‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 50 sur 289 · L'ÉLECTION AU TRÔNE · texte numérisé non relu

L'ÉLECTION AU TRÔNE

Ïl n'y avait pas à songer à conserver tout l'héritage de Ladislas : les divers royaumes qu'avaient rapprochés les hasards de l'hérédité, reprenaient leur indépendance. Georges ne leur contesta pas une liberté qu’il revendiquait pour la Bohème ; 1l rendit Mathias Corvin, qui était alors prisonnier à Prague et avec lequel il conclut une alliance étroite. Mathias fut élu presque aussitôt roi de Hongrie : précédent favorable, qui préparait les esprits à la nomination de Georges.

tus percunctari ex rege cur doleret, quid morbi esset, spem bonam præbere.… Ad quem rex : Tua mihi, Georgi, jampridem cognita fides spectataque virtus est, per te Bohemus usque in hanc diem me regem appelavit. Speravi potiturum regno quod ipse paraveras, nunc contra Superi jubent. Mihimoriendum est, regnum in tua manu erit. Duo ex te peto. Alterum, ut provinciales juste regas, pupillis viduis imbecillisque rectum judicium patrimoniumque ne subtrahas, etc. » Ce récit est confirmé dans ses traits généraux par les anciennes chroniques bohémes et par un autre témoin contemporain. Eschenloer semble y faire allusion : « Miser Ladislaus amabat Georgium ad suum interitum. » Il se présente donc avec des garanties d'authenticité toutes particulières. Je reconnais aussi que la plupart des raisons qu’on a invoquées contre lui ne sont pas très fortes : Voigt, par exemple, se refuse à admettre un entretien entre Podiébrad qui ne savait pas l'allemand et Ladislas qui ne savait pas le tchèque; comment supposer que Ladislas, depuis quatre ans, n’eût pas appris le bohème et n'ait jämais eu üne conversation avec le gouverneur ? En somme, il est difficile d'opposer à ces textes des raisons décisives, et cependant le faitest si absolument invraisemblable! Le discours, tel que le rapporte Æneas, n’est évidemment pas autre chose qu'une de ces amplifications de rhétorique auxquelles il se plaît. La maladie, dans les conditions où mourut Ladislas, lui aurait-elle laissé assez de liberté d'esprit, pour penser ainsi au bonheur de ses sujets qui, en réalité, lui importait bien peu? Il y a dans le discours même une contradiction : il remercie Georges de sa fidélité, lui remet la couronne, et lui demande de permettre le retour en Autriche des personnes qui l’avaient accompagné, sans menacer leur liberte. Etrange requête après tant de confiance! Il n’est certes pas permis de nier un fait par cela seul qu'il est invraisemblable; la critique historique permet du moins dans ces cas-là de discuter les témoignages et d’être un peu plus exigeant. De qui Sylvius tient-il ce discours ? Il n'était pas à Prague. Qui l’a entendu ? Celui qui l’a rapporté ne serait-il pas par hasard Georges lui-même où un de ses amis, et alors quelle en serait la valeur? N'y aurait-il pas là simplement une de ces manœuvres, destinées à préparer l'opinion, que, personne ne le conteste, Georges employa très habilement. Æneas-Sylvius re-

Cueillit l’anecdote avec enthousiasme, comme tout ce qui flattait son imagination. Son récit renferme plusieurs inexactitudes, pourquoi lui accorder sur ce point une autorité spéciale ? Les autres témoignages ne prouvent qu'une chose, c’est que le fait fut accepté comme vrai à Prague. Que les ennemis de Podiébrad l’aient admis sans discussion, cela ne signifie rien, parce que leur tactique fut de représenter Ladislas comme très attaché au gouverneur et de rendre ainsi plus odieuse la conduite de Georges.

70 PODIÉBRAD ROÏ DE BOHÈMÉ

A qui la couronne tchèque serait-elle revenue, sinon à lui? Les droits des autres candidats étaient si mal établis, leur parenté avec les derniers souverains tchèques si éloignée, les traditions régulières surtout étaient si affaiblies par une longue interruption et la guerre civile, que les questions de légitimité, de transmission régulière de la royauté, . passaient au second plan ï. Un point dominait tout : l’intérêt national. Lorsque Georges avait porté sur le trône, de ses propres mains, un enfant qu'il espérait transformer et qui pendant de longues années ne pouvait pas avoir de volonté propre, 1l avait surtout songé au relèvement de la patrie et au maintien de la paix; allait-on se jeter aveuglément aux bras d’un inconnu, peu au courant de la situation, peut-être malveillant ou incapable? Qui donc mieux que Georges défendrait et continuerait son œuvre?

Sa popularité était telle et la volonté de la majorité si évidente que sa nomination ne fut pas un instant douteuse. Georges n'avait aucune inquiétude à ce sujet, mais 1l voulait que son élection ne fût pas le triomphe d’un parti et ne rouvrit pas ainsi l’ère des querelles intestines. Il y parvint et il fut acclamé par la diète tout entière (1458, 2 mars). Ce choix était si clairement indiqué, il avait été préparé avec tant de soin, Podiébrad inspirait une confiance si universelle qu’en somme tous les partis accueillirent l’évènement avec satisfaction. Tandis que les Praguois pleuraient en remerciant Dieu « de les avoir délivrés de la puissance des rois allemands qui ne pensent qu’à faire du mal à la nation tchèque et en particulier aux défenseurs.des Saintes Écritures », et que Rokytsana félicitait la diète d’avoir bien mérité ne pays et de la religion, Calixte IIT accueillait de fort bonne grâce la décision des États. Aussitôt après la mort de Ladislas, il avait prévu, presque appelé ce résultat ?.

1. Les princes étrangers regarderit déjà la royauté comme élective: Une

ambassade française, qui a à sa tête Lenoncourt, demande la couronne pour

le fils de Charles VII, Charles.

2: 125 Catholiques du royaume étaient naturellement les moins satisfaits.

Sans risquer une protestation ouverte; trop périlleuse, « ils calomniaient

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