‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 54 sur 289 · LA DIPLOMATIE DE PODIÉBRAD · texte numérisé non relu

LA DIPLOMATIE DE PODIÉBRAD

tentatives, il ne s’est jamais engagé à fond, 1l n'a jamais eu la pensée de pousser jusqu’à la guerre pour réaliser ces lointaines conceptions. Elles n’ont jamais été pour lui que des moyens secondaires et accessoires, qu'il eût été après tout imprudent de dédaigner, qui amusaient son activité, mais auxquelles il n’accordait que l'importance qu’elles méritaient : son attention réelle, véritable, ne s’est pas détournée une heure pour cela des intérêts essentiels de son royaume. |

Et d’ailleurs était-il libre de s’abstraire des événements qui se passaient au dehors, et ses projets étaient-ils à la fois aussi vains et égoïstes qu’on l’affirme? Qu'est-ce que la politique sinon la prévoyance, et serait-ce un véritable souverain que celui qui bornerait son horizon aux limites de ses domaines? Un grand pays ne saurait rester indifférent aux destinées des États voisins. Il était non seulement naturel, mais nécessaire, qu'après avoir relevé la Bohême, il lui rendit en Allemagne l'influence qu’elle avait exercée sous les Luxembourgs et que justifiait sa puissance. La faute eût commencé s’il eût oublié pour ces questions subordonnées les besoins immédiats de son peuple et s’il se fût lancé à corps perdu dans les querelles des princes germaniques. Or, si l’on va au fond des griefs que l’on entasse contre lui, on s'aperçoit bien vite que ce qu’on lui reproche, c'est précisément de s'être souvenu que la Bohême n'est pas une province de l'Allemagne, mais qu’elle constitue un royaume absolument indépendant et autonome, ce qui était non seulement son droit, mais son devoir. Même quand il était candidat à l’Empire, il était avant tout roi de Bohème.

Non pas sans doute qu’il n’eût pour l'Allemagne des sentiments de sincère bienveillance et le plus réel désir de réformer les abus dont elle souffrait. Il n’éprouvait, il est vrai, aucun émbarras à trafiquer de certains fiefs, sur lesquels la suzeraineté germanique était bien peu sérieuse, le duché de Milan par exemple, et il est incontestable qu’il ne partageait pas les ambitions et les intransigeances des pangermanistes modernes, mais il eût été très heureux de réta-

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