PODIÉBRAD ET L'EMPIRE
blir de l’autre côté des montagnes l’ordre et la paix. Sa conduite le prouve, et surtout son intérêt l'y engageait : : l'anarchie allemande était en effet pour la Bohème une menace perpétuelle, le pape nourrissait toujours l'espoir de trouver dans quelqu'un de ces princes besogneux et avides, toujours en armes les uns contre les autres, un chef contre l’hérésie. Si Podiébrad ne réussit pas à se faire élire, ce fut précisément parce qu'on soupconna qu'il prendrait son rôle au sérieux. Les Électeurs parlaient beaucoup de restaurer l’Empire, mais il leur suffisait d’en parler. Georges n’était certes pas insensible aux avantages personnels que lui aurait assurés le titre de roi des Romains et à la force nouvelle qu'il en aurait tirée, mais son intérêt se confondait ici avec l'intérêt de l'Allemagne; 1] ne menaçait que les princes qui pêchaient en eau trouble.
Podiébrad fut bientôt obligé de s’avouer qu'il n'avait aucune chance sérieuse de se faire nommer roi des Romains (1461) ?. C'était un échec, puisqu'il n'avait pu réussir à obtenir la haute situation politique qui l'aurait mis à l’abri de toute attaque. Mais sa position n’en fut pas sérieusement affaiblie. [l est au lendemain de sa tentative ce qu’il était la veille; son projet ne lui a pas suscité des haines irréconciliables; ceux qui se sont opposés à sa nomination ne lui tiennent pas longtemps rigueur, lui demeureront jusqu'à la fin plutôt favorables. Lui-même, sans être un moment abattu ou déconcerté, essaie aussitôt d’autres combinaisons. — On s’en scandalise, on parle de légèreté, d’inconsistance. C’est qu’on s’obstine à voir en lui un chef de secte, l’apôtre
1. Voir la lettre si curieuse de Georges à Pie IT, 11 décembre 1461, dans les Script. rer. Silesiac., VIII, 68-69. Il n’y a absolument aucune raison de douter-de la sincérité du roi. |
2. Les négociations relatives à l'élection de Georges à l'Empire remplissent à peu près deux ans, depuis le mois d’avril 1459 jusqu’au mois de mars 1461. Cp. sur cette période, Bachmann, Bæœhmen und seine Nachbarlænder ; Bachmann, Deutsche Reichsgeschichte. Iarrive à des conclusions absolument opposées aux miennes, mais il me semble qu'il est trop dominé par son anüpathie pour Georges. Voir le récit de Tomek, VII, p. 1-20. Le projet d’élection fut repris au moment de la lutte la plus ardente avec le Saint-Siège, mais naturellement sans aucune chance de succès. |
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