L'ÉQUIVOQUE
attend l’apaisement. Cela donne à cette histoire quelque
chose de mystérieux et de tragique. Les deux adversaires sont les victimes d’une force supérieure à leur volonté et qui déjoue tous leurs calculs. Pie IT ne désirait pas la guerre, Georges l’avait en épouvante et en horreur; les passions
religieuses de la foule même étaient singulièrement refroidies. Comme leurs chefs, les partis sont emportés par les
événements plus qu'ils ne les dirigent. La deuxième génération hussite est entraînée ainsi presque malgré elle, par une sorte de vitesse acquise, sans conscience bien claire de l'objet du combat; elle remplit sa mission, défendre un héritage dont elle ne comprend plus très clairement le prix, mais qui sera la fortune des générations futures.
Le premier pas dans cette voie de concessions équivoques où se compromit Georges, ce fut son serment de couronnement. Les évêques hongrois, auxquels il s'était adressé pour se faire sacrer, exigeaient une abjuration solennelle : il refusa. Des négociations s’engagèrent, assez longues : on tomba d'accord sur une sorte de moyen terme. Le roi, en présence de quelques personnes, prêta serment de fidélité à l'Église; le texte écrit du serment fut remis aux évêques, 1l dut être tenu secret. Le roi promettait à l’avenir obéissance et fidé-
lité à la sainte Eglise romaine et apostolique, au pape età
ses successeurs; il observerait fidèlement les lois et la doctrine de cette Église à l'exemple des autres rois catholiques et Vivrait dans l'unité de la foi chrétienne; il défendrait cette foi catholique et orthodoxe, détournerait le peuple qui lui était confié de toutes les erreurs, sectes et hérésies et de tous les autres articles contraires à la sainte Eglise romaine et à la foi catholique, ramènerait et rétablirait l’obéissance, la conformité, l'union, le zèle et le culte de la sainte Église ro-
maine ‘,
1. Ce serment dont on voit assez l'importance, a été publié plusieurs fois. En voici les passages les plus significatifs d’après le texte que donne Frind, Die Kirchengeschichte Bæœhmens, IV, 465 : « Ego Georgius... spondeo polliceor atque juro... quod ab hinc in antea et deinceps fidelis et obediens ero sacrosanctæ romanæ et apostolicæ Ecclesiæ ac Sanctissimo Domino nostro Calixto divina providentia papæ tertio ejusque successoribus canonice intran-
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