‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 59 sur 289 · O0 POLITIQUE RELIGIEUSE DE GEORGES · texte numérisé non relu

O0 POLITIQUE RELIGIEUSE DE GEORGES

religieux. On s’aperçut de tout le chemin parcouru lorsque le pape rompit les négociations. Des catholiques, en assez grand nombre, continuèrent à obéir au roi et le servirent jusqu’à sa mort ; d’autres hésitèrent de longues années avant de se séparer de lui, et non des moindres, l’évêque de Breslau, l’évêque d’'Olomouts, etc.

L'intérêt de Georges à retarder le plus possiblel’ouverture du conflit était considérable. Peut-être cependant le sentit-il trop vivement. Cela l’amena, en effet, pour détourner quelque temps la colère de l'Église, à des compromis dangereux etades expédients gros de conséquences funestes. L’humilité excessive et les engagements équivoques, grâce auxquels il parvint à donner quelque temps le change à la papauté, finirent par aboutir à un résultat absolument opposé à celui qu'il se proposait. A force de désirer la paix, il la compromit par une série de déclarations et de démarches qui surexcitèrent les ambitions de la Curie et lui rendirent plus amère la désillusion inévitable qui suivit.

Y avait-ilquelque moyen d’obtenirde Pie IT laconfirmation des Compactats? Il serait plus que téméraire de l’afirmer. Il était arrivé au pouvoir avec de grandes espérances, voulait rétablir l'autorité pontificale, ramener les jours glorieux du Saint-Siège. Il fut sans pitié pour tous ceux qui osèrent résister à ses ordres, prit à tâche d’effacer par l’inflexibilité de ses principes et la raideur de sa conduite les souvenirs qu'avait laissés sa jeunesse. Les grands succès qu'il obtint, le

silence qui avait succédé dans l’Europe au tumulte révolu-

tionnaire de la période précédente, la complaisante facilité avec laquelle le roi de France, Louis XI, abolit la Pragmatique Sanction, malgré l'opposition du Parlement et de l Église gallicane, étaient de nature à produire une: impression profonde sur cette âme excessive, passionnée, que l’imagination dominait et qui mêlait à une rare finesse une étrange impétuosité. Dans ces conditions, il était à prévoir que Pie TI ne se souviendrait pas longtemps des conseils d'Æneas Sylvius et qu'il se proposerait pour unique but la soumission d'un pays qu'il avait jadis jugé indomptable.

Il n'en est pas moins vrai, sans vouloir exagérer en rien

st de

LE PONTIFICAT DÉ PIE Îl ÜI

l’imprudence du roi, que l'incertitude apparente de ses allures, ses déclarations obséquieuses, tout cet ensemble de faits qui ont permis de supposer qu'il avait un moment sérieusement pensé à une abjuration, tendaient à fortifier les espérances du pape et, en quelque sorte, exaspéraient ses désirs. Depuis l’entrevue de Benechov, sa conviction n'avait pas varié, et l'attitude de Georges, jugée par un esprit prévenu, entretenait ses illusions. Tandis que Podiébrad prétendait, à force de témoignages de soumission et de respect, lui arracher certaines concessions, et, dans tous les cas, écarter toute mesure irréparable, Pie se plaisait à voir dans ces protestations les hésitations d’une conscience inquiète, qui n’attend pour se soumettre qu’une dernière sommation. Il se persuadait que Georges, déjà revenu au fond de sa conscience à la doctrine catholique, n'était plus retenu que par une sorte de respect humain et qu’il lui saurait presque gré de lui forcer la main, de lui fournir un prétexte. La situation générale et ses dispositions intimes auraient suffi sans doute malgré tout à décider Pie IT à l'abolition des Compactats; mais, par un choc en retour imprévu, les efforts mêmes de Podiébrad pour l’apaiser, en le confirmant dans son opinion que le roi de Bohême était mûr pour la conversion, le poussaient toujours plus avant dans la voie des rigueurs. Il pressait l'ennemi l'épée dans les reins, d'autant plus qu'il le croyait près de capituler. Quand celui-ci s'arrêta dans sa retraite et que Île pape, s’apercevant de son erreur, comprit qu'on marchait à une guerre redoutable, il était trop tard pour reculer, son âme en fut attristée, sa conscience n’en fut pas troublée. On lui avait confié les destinées de la papauté : elles ne péricliteraient pas entre ses mains. Un courant de réaction emportait l'Église : les derniers témoins d’une époque détestée, les Compactats, devaient disparaître; il les supprima, et les embarras et les douleurs que devait entraîner son décret n'affaiblirent passa résolution d’allerjusqu'auboutdeson devoir. Singulière puissance de la fatalité: des deux hommes qui engagent la lutte, l’un la précipite par son désir même de l’éviter, l’autre la rend nécessaire par les mesures dont il

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