LE SERMENT DU SACRE
tard que son intention avait toujours été de défendre les Compactats et le calice. Il semble incontestable que les évêques qui ont recu son serment savaient à quoi s’en tenir et qu'ils s'étaient, après réflexion, contentés d’une formule qui réservait l'avenir‘.
Malgré tout, en se prêtant à cette équivoque, Podiébrad
avait commis une grave imprudence que n’excusent pas complètement les avantages immédiats qu’il en retira. Il reconnaissait lui-même que son serment prêtait à de fàcheuses interprétations, puisqu'il avait craint qu'il n’inquiétât les Utraquistes et avait exigé qu'il restât secret; or, comment admettre que le pape ne l’expliquerait pas dans le sens le plus étroit et ne l’exploiterait pas contre lui ?? — Quelle que fût l'opinion personnelle de Pie II sur le sens de cette déclaration, il eût été plus que maladroit de ne pas se servir de l’arme qu’on lui offrait. Tout pape eût agi de même, à plus forte raison un diplomate aussi habile à tirer parti de toutes les fautes de son adversaire.
Il s’efforça d’abord de compromettre encore plus Podiébrad en affectant une confiance entière : désormais tout était oublié, l'union était complète ; il restait encore des dissidents dans le royaume, mais il ne fallait en accuser que le malheur des temps, non la volonté du roi qui était un roi catholique comme les autres et mettrait tous ses soins à triompher de l'erreur. Aussi il le traitait comme les autres souverains, le convoquait au Congrès qu'il se
proposait de présider à Mantoue, l’appelait son très cher
fils, le louait de sa piété, de l'honneur qu’il rendait à la religion. Les formules dont il se servait en lui écrivant
1. C'est l'opinion de Tomek, VII, Zntroduction, p. 4. Les deux parties étaient tombées d'accord sur un texte que chacun s’attribuait le droit d’expliquer à sa guise. On ne voulait pas rompre, on ne pouvait s'entendre : on s'arrêta à une équivoque. a
2. M. Goll, dans la critique si bienveillante qu'il a consacrée à mon tra-
vail, semble disposé à admettre que Podiébrad espérait pouvoir tenir son serment. Ce n’est pas impossible, et il est, en somme, assez vraisembla-
ble qu’il n’était pas fanatique du Calice. Mais cela ne modifie guère les choses : quelle qu’ait été son intention, il n’en reste pas moins qu'il a donné prise sur lui en faisant ou en paraissant faire une promesse qu'il n’était pas en son pouvoir d'accomplir.
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