PREMIÈRES ESCARMOUCHES
étaient les mêmes que cellés qu’il employait en s'adressant à Charles VIT de France '. En même temps, pour effacer jusqu'au souvenir du schisme, il nommait Venceslas de Kroumlov, administrateur de l’archevêché de Prague au nom du pape, ce qui impliquait que son autorité s’étendait sur tous les Tchèques et supprimait l’organisation utraquiste ?. Les Calixtins s'émurent, protestèrent : devant la résistance de Rokytsana et les manifestations de l'opinion
. Venceslas de Kroumlov renoncça à faire valoirses droits. L’es-
pèce de coup d'état de la Curie qui avait un moment pensé enlever la place par surprise, avait échoué. Georges, revenu à Prague en toute hâte, déclarait que s’il voulait protéger tous ses sujets et assurer aux Catholiques une liberté complète, il n’entendait rien céder des privilèges du royaume. Mais en même temps qu'il donnait ainsi satisfaction aux Utraquistes, il mettait tout en œuvre pour ne pas irriter le pape, multipliait à Rome ses protestations de dévouement et réussissait, en apparence au moins, à effacer la fâcheuse impression de cette première escarmouche.
Il s'était très habilement servi des déclarationsantérieures du pape pour déconcerter l’opposition et affermir son trône : Pie IT ne se souciait donc pas pour le moment de se compromettre dans une offensive imprudente; il crut plus sage de persévérer dans son système de confiance : peut-être d’ailleurs était-il réellement convaincu de la bonne volonté de Georges. Il persista dans son optimisme, menaça même d'excommunication les habitants de Breslau, s'ils refusaient plus longtemps de se soumettre au roi. Cette intervention inattendue du Saint-Siège déjoua les plans des ennemis de la Bohême. A la fin de 1459, la politique de Georges est victorieuse sur tous les points, et il doit en grande partie ses succès à la neutralité bienveillante du pape. Le serment du sacre a porté ses fruits et Podiébrad a le droit de se féliciter de son habileté. |
Malheureusement, il n'avait réussi à assurer le présent qu'en engageant l'avenir. La prudence plus encore que
1. Lettres du pape des 13 octobre 1458 et 21 janvier 1450. 2. Cp. Frind, Kirchengesch., IV, p.47.
l'honnêteté ordonnait de ne pas éveiller des espérances qu’il était impuissant à satisfaire, de ne pas contracter une dette impossible à payer. En berçant la cour romaine de promesses de soumission, on la détournait de toute velléité de transaction : les concessions n'auraient eu en effet d’excuse aux yeux du pape que si elles avaient été le seul moyen d'arriver à la paix. Les engagements alambiqués du roi ont pour effet de fermer dès la première heure toute voie de conciliation; on ne lui permettra plus de débattre librement les conditions de l'union, on lui demandera de tenir sa parole, de s'exécuter. A toutes ses demandes on opposera une fin de non-recevoir; les désirs les plus modestes seront rejetés d'avance. | Le roi s’en rendit bientôt compte, et tous ses efforts allèrent, d’une part, à retarder par tous les moyens et sous tous les prétextes une explication qui, mettant en relief la division irréductible des deux partis, aboutirait fatalement à une rupture, et de l’autre, à établir assez solidement son autorité pour braver sans trop de danger les foudres de l’Église. Seulement, il avait à compter avec un adversaire expérimenté et qui attendait avec impatience l’occasion de prendre sa revanche. La tactique de Pie IT était dictée par celle du roi. Tandis que celui-ci cherchait à gagner du temps, l’autre le pressait de montrer enfin sa foi par ses œuvres. Il ne désespérait pas encore de triompher à force d’insistance de ses irrésolutions, mais il n’était ni assez naïf ni assez mal informé pour lui permettre de profiter tranquillement de la bonne entente apparente, et il travaillait sous main à lui créer des difficultés. [l se poursuivit ainsi, plusieurs années durant, une guerre sourde entre deux partenaires qui n’étaient pas indignes l’un de l’autre, duel très brillant et dont l'issue resta longtemps douteuse. NE La nouvelle des succès de Podiébrard, pour lesquels il réclamait justement quelque reconnaissance, rendait Pie I plus exigeant ". Il commençait à songer qu'il jouait un assez
1. Il avait trouvé bientôt que le roi de Bohème était plus victorieux qu'il ne l'aurait désiré et avait entrepris d’enrayer ses progrès; en somme, il n'avait que des paroles et Georges tenait des gages. De là, un changement de