‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 68 sur 289 · L'IDÉE DE TOLÉRANCE RELIGIEUSE TOÏ · texte numérisé non relu

L'IDÉE DE TOLÉRANCE RELIGIEUSE TOÏ

Ils remirent au cardinal Bessarion une lettre du roi et exposèrent avec beaucoup de fermeté la ligne politique qu'il suivait et dont il n’avait jamais entendu s’écarter. Il voulait être pour tous un roi impartial et juste : il y avait en Bohême deux confessions, il devait vivre avec tous, sans prendre parti pour une des factions, ce qui lui aliènerait l'autre.

Cette constatation simple d’un fait évident n’en parut pas moins à Rome un scandale. Par la force des choses, Georges en effet, sans orgueilleuse déclaration de principe, représentait en face de la cour pontificale l’idée de l’État moderne, laïque, indifférent au dogme; il défendait une cause bien supérieure à la cause même de la réforme religieuse, celle de la tolérance. On a contesté à Podiébrad ce titre de gloire en rappelant ses rigueurs contre les Frères et les décrets contre les Catholiques qu’il a approuvés ou au moins acceptés. Mais les mesures d’exception qu'il autorisa contre ceux-ci furent la conséquence de leur propre intolérance. Alors comme aujourd’hui, ils refusaient toute liberté à l’erreur : leurs prétentions étaient pour les Calixtins une menace et une offense perpétuelles, ne laissaient pas au roi le droit de s'opposer avec une fermeté suffisante à des représailles qu’excusait la légitime défense et qu'il s’efforçait d'ailleurs d’atténuer dans la pratique ‘. S'ils avaient admis

l'Académie des sciences de Prague, un manuscrit très curieux, qu'avait du reste déjà utilisé Palatsky, c'est le Manualnik Vacslava Korandy ; le véritable titre serait : Portefeuille de Koranda: il renferme en effet, à côté de quelques œuvres dont il est l’auteur, des lettres qui lui sont adressées ou des pièces diverses recueillies par lui; c'est une source précieuse de renseignements sur l'Eglise tchèque à cette époque et l’état des esprits dans la deuxième moitié du siècle. Quant à Koranda lui-même, il nous apparait comme un honnête pasteur, sincère et droit, mais d'intelligence médiocre; ses convictions sont aussi étroites que fermes.

1. En somme, les plaintes des Catholiques ne nous sont guère connues que par des documents de Breslau, par conséquent très suspects. Elles sont assez vagues et ne semblent pas viser des faits très nombreux. Il est bien étonnant que les Catholiques tchèques, s’ils avaient réellement des griefs sérieux, ne les aient pas fait valoir publiquement. Rien ne prouve de plus que le roi ait approuvé ces injustices. Les villes avaient une autonomie assez étendue et l'opinion publique était assez sensible pour qu’il crût préférable de s'abstenir en matière aussi délicate. Le véritable coupable de ces persécutions était le pape qui, en refusant toute concession, forçait le roi de ménager davantage les Utraquistes,

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