LES GUERRES HUSSITES
Les passions nationales et politiques se joignirent en Bohême aux ardeurs réformatrices et leur servirent de substralum. Les Slaves, depuis longtemps menacés par l'immigration allemande, firent de la liberté religieuse une cause nationale et combattirent à la fois pour l'indépendance de là parole de Dieu et pour la gloire de la langue tchèque. Les tendances démocratiques, qui, au xIv° et au xv° siècle, se dissimulent si souvent sous les projets de réforme de l’Église, aboutireñt ici à une tentative de rénovation sociale. La rupture avec la hiérarchie ecclésiastique du moyen àge parut à beaucoup devoir marquer l’origine d’une
ère de félicité, et ils rêvèrent de substituer aux injustices et aux misères du passé un régime fondé sur l'équité et la
loi du Christ.
Après un moment de surprise, les papes, pour défendre leur omnipotence contestée, recoururent à leurs procédés ordinaires de répression : ils prêchèrent la croisade. Ils trouvérent un exécuteur de leur sentence dans Sigismond que les rebelles refusaient de reconnaître pour roi, et des soldats dans les Allemands qui disputaient depuis longtemps aux Slaves le bassin de l’EHlbe supérieur. Mais les Tchèques furent plus heureux que les Albigeois. [ls avaient pour eux les divisions de leurs adversaires, un profond enthousiasme religieux et national, une position facile à défendre. Par un phénomène assez fréquent en histoire, la révolution fit surgir de terre des chefs militaires de premier ordre. Les bandes des croisés allemands furent partout balavées par les légions taborites; les Tchèques, après avoir
solidement établi leur domination en Bohême, prirent à
leur tour l'offensive, et, pendant plusieurs années, les soldats de Procope le Grand pärcoururent et ravagèrent la plus grande partie de l'Allemagne, sans que l'Empire réussit à retrouver quelque énergie pour repousser leurs invasions.
En dépit de ces triomphes inouïs, cette lutte de vingt ans couvrait la Bohème de misères et de ruines; ses vic-
toires mêmes l’épuisaient. Tous les liens sociaux étaient
relâchés; plus de gouvernement : ni commerce ni indus-