LES PRINCIPES EN PRÉSENCE
révoltes contre Rome, une seule chose importe, la révolte, la révolte en elle-même, en dehors des causes et des prétextes, la révolte d’où sortiront la libre recherche et l’indépendance de la raison individuelle.
Cette indifférence dogmatique à peine voilée, ce scepticisme politique qui réclamait la même protection pour la vérité et l'erreur, produisirent à Rome une vive indignation. Les cardinaux se refusaient à admettre sérieusement que Georges ne fût pas le maître de faire de son royaume ce qu'il lui plairait. Ils lui citaient l'exemple de Louis XI qui venait précisément de renoncer en grande pompe à la Pragmatique Sanction. L'arrivée à Rome des ambassadeurs hussites, en mettant en présence deux partis irréconciliables, avait brusquement dissipé toutes les incertitudes, réveillé toutes les haines; les dissentiments irréductibles que l’on dissimulait dans les traités sous de pompeuses formules de rhétorique, s’accusaient, et toute entente apparaissait impossible; les prélats devinaient avec une épouvante scandalisée tout ce qui fermentait au fond de cette âpre et farouche rébellion. Le contraste éclatait, violent, entre ce pape si spirituel, si fin, attaché aux anciennes traditions par devoir professionnel, mais aussi par une intelligence plus humaine des choses de la vie, et ces réformateurs austères, sombres, chez lesquels se réveillaient à la moindre contradiction les fureurs des jours de combat. Le 20 mars 1402, le pape tint une audience solennelle; Venceslas Koranda, dans un grand discours, demanda la confirmation des Compactats. Il personnifiait assez bien cette génération de prédicateurs qui avaient grandi pendant la guerre, sans aucun jour sur le dehors, absorbés dans l’étude d’un petit nombre de questions, hypnotisés par la contemplation de quelques textes, profondément convaincus, sans valeur intellectuelle sérieuse. Dans chacune de ses paroles sonnaient la confiance bornée dans la cause qu'il défendait, l’enthousiasme du sectaire qui s’est buté à une interprétation, et l'orgueil d’un peuple fier de la mission qu'il à reçue de Dieu. C'était la nation tchèque tout entière qui, avec la
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résolution hautaine d’un héros et dans l’extase du martyre, confessait sa foi et affirmait devant la Curie comme devant les armées des croisés que la communion sous les deux espèces était fondée sur les paroles du Christ et nécessaire au salut. Le souffle passionné qui soulevait le Bohême,
son élocution rapide et presque impétueuse, augmentaient
encore le sentiment de surprise et de gêne de l'auditoire, et les formules respectueuses et presque humbles dont il émaillait son discours soulignaient l’audace de sa pensée. Le soulagement fut général ! quand le pape prit la parole pour prononcer une de ces homélies auxquelles il se complaisait, ornée de belles sentences, parée de toutes les élégances humanistes, soutenue par une érudition aimable et légère. On y retrouvait avec joie les principes convenus, les opinions modérées, la discussion raisonnable, en face du dogmatisme provocant et du radicalisme révolutionnaire. | Dis Après de longues négociations, Pie IT, fatigué, convaincu qu'il n’obtiendrait rien des ambassadeurs tchèques, espérant peut-être que Georges serait plus traitable que ses représentants, prononça sa sentence définitive (31 mars 1462), en présence de tous les cardinaux et de quatre mille assistants. — La paix en Bohême ne serait assurée que par le retour aux anciens usages. C'était le seul moyen de mettre fin aux rivalités des partis et de ramener les peuples voisins à des sentiments moins hostiles aux Tchèques. En conséquence, et dans l'intérêt même des Bohëmes, 1l déclarait les Compactats nuls et non avenus et refusait de recevoir le serment d’obédience du roi tant qu’il n'aurait pas débarrassé son pays des erreurs condamnées par l'Église et en particulier de la communion sous les deux espèces. Fantin de Valle, qui avait jusque-là représenté Podiébrad à Rome, recut de la Curie la mission d’aller à Prague exposer au roi par le détail les mesures que le pape regardait
1. Le sentiment des auditeurs éclate dans les Commentaires de Pie II, ch. vu. Sacerdotes lingua prompta et Hussitarum insaniæ audacissimi assertores.. Voce sonora atque oratibhe præcipiti.