LES ESPÉRANCES DU PAPE
nait les dangers d’une fausse démarche, bien résolu à ne rien aventurer et à ne se découvrir qu’au moment propice. Il opposait une réserve pleine de sang-froïd, d'attention, de suite, aux pointes hardies et aux brusques offensives de Georges. Leur tactique était commandée par leur position respective. Le roi était obligé de recourir aux expédients, de ma squer par des feintes rapides ses points faibles, très nom breux, et de remplacer à force d’audace et d'imagination les ressources solides qui lui faisaient défaut. Le pape, que les retours offensifs de son ennemi n’alarmaient pas sérieusement, veillait et attendait; comme il n’avait rienà craindre que ses propres fautes, il ménageait ses coups, observait, ne brusquait rien, tenait compte des interventions favorables à Georges, afin de ne pas mécontenter les autres princes, mais ne reculait jamais. [l comptait sur deux puis-
sants alliés, plus fidèles que les amis passagers du roi : le
temps, qui finirait bien par lui fournir une occasion, une
ambition à soudover, une révolte à encourager, et la tradi-
tion. Il savait ce qu'il voulait, et tout le monde le savait comme lui, le comprenait, et dans une certaine mesure au moins, l’approuvait, parce qu'il représentait le passé. Georges ne s’adressait qu'à des aspirations timides et confuses : ses projets inquiétaient plus qu'ils ne séduisaient. Les temps n'étaient pas mürs. Lui-même n'avait qu'une conscience obscure de l’œuvre qu'il accomplissait.
- Peu à peu aussi et malgré les diversions et les raidsde Podiébrad, Pie IT gagnait du terrain. La réforme de l'Empire s'était heurtée à d’invincibles résistances et avait échouéune seconde fois. La république de Venise, dont la prudence avait été effrayée par l’incohérente activité de l’aventurier français, avait repoussé l'alliance de la Bohème et lui avait préféré celle de la Hongrie (septembre 1463). L'empereur, délivré par la mort de son ennemi le plus gênant, son frère Albert, et réconcilié enfin avec Mathias Corvin par les soins. du légat, n’était plus pour Georges un ami sûr, puisqu'il n'avait plus besoin de lui. La mort de la femme de Mathias, la fille de Podiébrad, Catherine, avait rompu les liens qui