‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 76 sur 289 · PROJET DE FÉDÉRATION EUROPÉENNE · texte numérisé non relu

PROJET DE FÉDÉRATION EUROPÉENNE

voir nouveau qui contiendrait les ambitions, préviendrait les guerres et rassemblerait la chrétienté dans un effort commun contre les Turcs, dont les progrès étaient toujours plus menaçants et qui préparaient un assaut terrible contre la Hongrie. Dans ce but, l'imagination fumeuse de Marini

avait concu un plan merveilleux, où se combinent dans un bizarre mélange beaucoup de naïveté, l’exubérance d’une:

fantaisie plus enthousiaste qu'éclairée et une très réelle largeur d'idées. [l proposait de réunir dans une confédération tous les états chrétiens : un conseil suprême, composé du roi de France, du roi de Castille, d’un prince allemand et du doge de Venise, formerait une sorte de directoire européen, et un tribunal fédéral trancherait les difficultés qui surviendraient entre les membres de la ligue ï.

Georges avait été amusé, intéressé par la hardiesse et l’esprit de ce faiseur d’affaires et de ce brasseur d'idées, qui savait tout, parlait de tout, se mélait de tout, qui, fabricant de tuiles, se révélait diplomate, et lui présentait, dans un bohème passable, des projets pour le développement du commerce et de la richesse. Il ne se déplaisait pas d’ailleurs aux combinaisons compliquées et aux vagues espérances. Il entra dans les vues de Marini et le chargea de commencer les négociations. On le lui a reproché, peut-être parce qu'on ne s’est pas rendu un compte assez exact des avantages, directs ou indirects, qui pouvaient en sortir. Ils étaient évidents. C'était d’abord un rapprochement entre la Bohême et Louis XI, pour le moment de très mauvaise humeur contre le pape qui lui marchandaïit sa reconnaissance et croyait avoir assez payé par de pompeux éloges l'abandon de la Pragmatique. Il n'y avait aucune illusion à se faire : Louis X[, dont les propres affaires étaient fort embrouillées, n’interviendrait pas très activement en faveur de Podiébrad. Mais n'était-ce pas pour ce dernier un suc-

1. Les détails du projet furent souvent modifiés et ne furent jamais arrétés avec précision. Marini appartenait à cette classe de réformateurs qui décrètent la transformation de la société — en bloc — et ne rédigent pas un projet de loi. |

Lots

PROJET DE FÉDÉRATION EUROPÉENNE 115 cès diplomatique considérable que delier sa cause à la cause du roi de France et d'éviter ainsi un isolement qui était à lui seul une condamnation ? Et quel triomphe si par impossible Marini réussissait! La papauté était déchue de la primauté qu'elle revendiquait, et toutes ses colères étaient vaines contre le restaurateur de l'Unité européenne, qui recevrait certainement, en récompense de son initiative, le commandement de l’armée fédérale contre les Turcs. C'était donc une très remarquable machine de guerre contre la papauté. Georges aurait-il songé à réorganiser l’Europe, s'il n'y eût été poussé par une nécessité de défense personnelle? — Très probablement non. Attaqué, il se défendait comme il pouvait. De là à l’accuser d’égoïsme, 1l n°v a qu'un pas. Mais l’égoïsme est un devoir strict pour un souverain,

et son tort serait de risquer le salut de son peuple sous

prétexte d’expérimentation. Ces conceptions générales ne servent jamais qu’à dissimuler des ambitions personnelles : les politiques s’en servent, les naïfs seuls et les sots les prennent plus au sérieux qu'il ne convient, et, emportés par leurs rêves, perdent pied et succombent, entraînant dans leur chute les nations qui leur ont confié leur fortune. Quelles étaient les chances de succès de Marini? — Aussi faibles que possible, presque nulles, et rien ne démontre que Georges ait eu de grandes illusions à ce sujet. Mais que risquait-il à tenter l'aventure? Il inquiétait le pape, l'obligeait à le suivre dans des intrigues très compliquées, détournait son attention du point central où le moindre coup porté eût été redoutable. N'’était-ce rien d’ailleurs que de se présenter au monde comme le défenseur des intérêts généraux de la Chrétienté? Quelle meilleure réponse aux accusations de Pie IT? L'opinion publique était très habilement provoquée à une comparaison entre le pape qui, tout entier à ses rancunes, oubliait le péril musulman, et le roi qui, en dépit des plus injustes attaques, cherchait les moyens de relever la croix à Constantinople. | Pie II, en face d’une si brillante défense, n'avançait qu'avec beancoup de précaution et de lenteur ; 1l compre-

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