‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 90 sur 289 · SÉCURITÉ APPARENTE · texte numérisé non relu

SÉCURITÉ APPARENTE

Quel contraste entre ce qu'était la Bohème vers 1465 et ce qu’elle était au lendemain de la’ mort d'Albert! Alors, une misère atroce, partout la famine, la peste et la ruine,

les factions en armes, l'ennemi menaçant, l'unité compro-

mise, la fureur et le désespoir; et maintenant, un royaume heureux, paisible, les partis contenus, les haines fondues

dans un dévouement commun à la patrie, l'indépendance : nationale si bien assurée que les rancunes de races s’effa-

çaient, sans objet; les divisions dogmatiques, atténuées, devenant, au lieu d’un ferment de discordes, une excitation salutaire; à la place de l’anarchie qui prépare la mort, le travail silencieux d'une germination féconde! Si l'on songe surtout que ces résultats prodigieux avaient été obtenus au milieu de difficultés diplomatiques incessantes, sur un sol

miné par les intrigues et sous la menace d’une épouvanta-

ble tempête, on comprendra l'admiration reconnaissante qu'avait conçue pour Georges le peuple tout entier, l'affection qui liait au roi tous ceux qui, comme lui, désiraient la gloire et le bonheur de la Bohême, même lorsqu'ils étaient séparés de lui par leurs opinions religieuses, et les angoisses qu'ils éprouvèrent avant de se prononcer contre lui,

Et pourtant ce fut parmi ses sujets que Georges rencontra ses premiers et ses plus dangereux ennemis! Les réformes accomplies avaient froissé plus d’un intérêt. Parmi les seigneurs, habitués pendant les guerres précédentes à vivre à leur guise et à ne connaître d'autre volonté que leurs caprices, beaucoup supportaient avec impatience l'autorité royale et regardaient comme un outrage de dépendre de la loi, comme leurs vassaux ou leurs sujets. L’anarchie était riche en bonnes aubaines : de nouveaux troubles leur fourniraient une occasion d'étendre leurs privilèges et leurs terres. Chez quelques-uns le sentiment national l'emporta sur l’égoïsme de caste, mais il y fallait quelque héroïsme, et les héros sont toujours l'exception. Les âmes ordinaires, moyennes, virent

aux anciens airs nationaux. Ces textes ont été réunis dans un très intéressant travail de M. Tadra, les réunions de lettres (sodalitates litteratae), Prague 1880; v. en partic. p. 4, p. 18 et 20.

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