LES SEIGNEURS BOHÈMES
surtout leur avantage direct, évident : s'affranchir d'une obéissance qui leur pesait et fonder leur propre domination sur les ruines de la royauté. La lutte du pape et du roi offrait à leurs convoitises une chance de succès qu'ils ne voulurent pas laisser échapper.
La haute noblesse tchèque, celle qui formait la classe des Seigneurs, par opposition à la petite noblesse, à la gentry, aux Vladykes ou Chevaliers, avait eu fort à se louer des résuitats de la révolution hussite. Elle avait grandi à la fois par ses propres conquêtes et par l’affaiblissement des autres classes. | : Tandis que la royauté, discréditée, élective de fait sinon de droit, perdait ses domaines et son influence, que les villes étaient ruinées par l'interruption des relations commerciales et l'expulsion des catholiques et des Allemands, les Seigneurs s'étaient emparés plus ou moins légitimement de presque tous les biens de l'Église ou de la couronne. Un grand nombre de familles s'étaient éteintes pendant les guerres, très sanglantes : celles qui avaient survécu avaient recueilli leur héritage et constitué d'immenses propriétés, grâce auxquelles elles possédaient dans les conseils et dans les diètes une influence irrésistible. Assez peu nombreux, — ils ne formaient tout au plus qu’une cinquantaine de maisons, parmi lesquelles une douzaine hors de pair, — les Seigneurs constituaient une oligarchie, très remuante, où les hommes distingués n'étaient pas rares, mais qui malheureusement s'inquiétait trop de ses propres intérêts pour tenir grand compte de ceux du pays. Un moment menacés par le mouvement démocratique taborite, 1ls avaient écrasé leurs adversaires, mais ils-avaient gardé rancune à la réforme religieuse de la révolution sociale qu'elle avait failli provoquer, et ils étaient en très grande majorité catholiques. Les familles ies plus connues de cette haute aristocratie étaient celles des Rosenberg, Schwamberg, Hasenbourg, Gouttenstein, [Ibourg, Riesenbourg, etc., qui avaient en général formé le fond du parti d’Ulrich de Rosenberg, parce qu'il ne voulait pas permettre que « des inférieurs régnas-