PROGRÈS DES JÉSUITES
hostilités; surpris en pleine voie de formation, ils étaient perdus. Aussi leur inquiétude fut-elle vive quand Maximilien prit le pouvoir. Ils se rassurèrent un peu quand ils le virent, pendant les premières années, repousser la plupart des vœux des dissidents. Mais l'Empereur était ondoyant et divers; après avoir si cruellement déconcerté les Protestants, ne reviendrait-il pas à ses premières amours? En iSyo, la joie était vive parmi les Réformés, le bruit courait qu'il allait proclamer la Confession d'Augsbourg. Lorsque, Tannée suivante, la diète, réunie à Prague au mois de mai, le supplia d'autoriser cette Confession, il hésita; l'archevêque et le chapitre parèrent le coup, mais non sans peine, et quelle surprise leur réservait l'avenir?
Malheureusement, les Luthériens et les Frères, qui représentaient les deux grandes fractions du parti progressiste, ne surent pas saisir l'occasion, et leurs inexpiables défiances fournirent aux Catholiques un sérieux argument pour peser sur l'indécision du monarque.
Les Luthériens formaient sans aucun doute la grande majorité de la population du royaume. Quelques historiens de l'Unité ont essayé de le nier, ils rappellent avec complaisance une parole du grand chambellan Jean de Waldstein. C'était un des rares fidèles de l'ancien Utraquisme : un jour, pour retenir les novateurs, il insista surtout sur le danger dont les menaçaient les Frères : « Les Picards nous dévoreront, les trois quarts du royaume leur appartiennent, particulièrement dans le cercle de Kralové-Hradets (Kœniggraetz) où ils fourmillent; la ville seule de Kralové-Hradets résiste encore un peu. » — Il serait plus qu'imprudent d'attacher quelque imponanceàcette*boutade. Les listes, à peu près complètes, que nous possédons des nobles qui faisaient partie de l'Unité, témoignent que, vers i SyS, un dixième environ des Chevaliers et un quinzième des Seigneurs se rattachaient aux Frères. Or, comme il n'est pas douteux qu'ils étaient relativement moins nombreux dans les villes, ils ne
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représentaient pas dans tous les cas plus d'un dixième de la population totale. Leur nombre ainsi n'aurait guère que doublé depuis la fin du xv* siècle, et on ne saurait s'en étonner beaucoup. S'ils n'avaient pas en effet été toujours persécutés, ils n'avaient jamais cessé d'être hors la loi et ils avaient traversé plusieurs crises violentes. Tenaient-ils d'ailleurs beaucoup à conquérir la majorité? Leur propagande était timide, la foule aurait brisé leur cadre trop étroit ; leur Église n'était que le refuge d'une élite. A cause de cela aussi, leur influence était singulièrement plus grande qu'on ne le supposerait d'après le chiffre de leurs adhérents.
Les Luthériens au contraire valaient sunout par la masse. Ils avaient rallié le gros de l'ancien parti utraquiste, mais ils avaient hérité aussi de quelques-uns de ses vices. Chez eux, les opinions étaient variables et peu précises, les pasteurs, médiocres, les fidèles, indifférents, les habitudes d'insubordination, générales. Par suite des circonstances, non moins que par une conséquence naturelle de l'enseignement de Luther, la direction des affaires religieuses appanenait chez eux aux Nobles, et ce n'est pas aux arguments théologiques qu'ils étaient le plus sensibles. Très jaloux de leurs privilèges, ils défendaient la liberté de la parole de Dieu comme une de leurs prérogatives politiques: aussi les candidats au manyre étaient-ils rares dans leurs rangs. Ils avaient besoin d'être excités et guidés, mais leur orgueil ne s'y résignait pas, de même que la conscience timorée des Frères s'effrayait des concessions qui seules auraient désarmé les Luthériens. — Les deux grands groupes protestants n'auraient pu marcher unis que sur le terrain de la liberté religieuse; mais outre que, au xvi« siècle, l'idée de tolérance n'était guère moins étrangère à la plupart des hérétiques qu'aux Catholiques, et que les Luthériens éprouvaient une invincible aversion contre certaines croyances de l'Unité, ils sentaient qu'ils n'obtiendraient de l'Empereur des concessions sérieuses que s'ils lui présentaient un programme nettement déterminé et accepté par tous les Réformés. Bien que Maximilien fût à divers points