‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 11 sur 239 · FERDINAND I. SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

FERDINAND I. SON CARACTÈRE

de sourire. Mais il hésitait plus sur les moyens que sur le but; les échecs ne triomphaient pas de sa volonté; s'il louvoyait, il ne perdait jamais de vue le point où il comptait atterrir. L'histoire, un peu éblouie par le prestige de Charles- Quint, l'oublie volontiers et il ne se plaignait pas de disparaître ainsi dans l'auréole impériale; il aimait son frère à ce qu'il semble, ne se mêla à aucune intrigue contre lui, le servit fidèlement. Son affection réfléchie ne sacrifiait pas cependant ses intérêts : il abandonnait volontiers Téclat, la f>ompe, les honneurs, défendait jalousement ses domaines. En réalité, des deux frères, l'aîné n'était peut-être pas le plus grand : qu'a laissé Charles-Quint? — Un nom et un souvenir. Le véritable créateur, ce n'est pas lui, c'est Ferdinand, qui a fondé la monarchie autrichienne. S'il dut au hasard de riches héritages, c'est par sa volonté seule qu'il en fit réellement un Etat. Sans bruit, par un effort lent et continu, par une attention vigilante, il releva dans chacun des royaumes qu'il avait acquis l'autorité monarchique profondément ébranlée et il les réunit assez solidement pour que leur cohésion défiât désormais les révolutions..

C'est là, dans l'intérieur de ses domaines, dans la lutte quotidienne avec les diètes, qu'apparaissent dans tout leur jour ses qualités supérieures; ici, plus de ces hésitations et de ces faiblesses qui se trahissent quelquefois dans sa politique extérieure. Il rappelle tour à tour Maximilien et Frédéric III, et, chez lui, l'ardeur de son grand-père est corrigée par l'obstination de sa race. Très accueillant, tout en dehors, aussi prodigue de son amitié que de ses trésors, sachant qu'on le volait, mais préférant ne pas s'en apercevoir, il n'entendait pas du moins laisser affaiblir le respect dû à la dignité royale; il n'oubliait jamais une injure, et tous ceux qui contestèrent ses droits furent rudement punis. Il parlait volontiers, mais sans se trahir, noyait ses interlocuteurs dans le flot de ses déclarations, et sa faconde n'était pas moins muette que le silence de Charles-Quint. Les revers ne l'abattaient pas, mais il avait le mérite plus rare de supporter la victoire sans en être grisé. Si l'on cherche à

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