I. Rapports des Frères^ p. Sgô-BgS
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ne veux, parmi mes serviteurs, que des gens qui croient ce que je crois, avait dit l'Électeur. Je n'ai aucun pouvoir sur les consciences, réplique Maximilien, et je n'ai pas le droit de contraindre quelqu'un dans sa foi. — C'est mon dernier mot, riposte sèchement Auguste. — Ces incidents expliquent bien des réflexions. Dans tous les cas, la sincérité de Crato est hors de cause, il rapportait aux Frères, peut-être en les embellissant un peu, les paroles de l'Empereur.
Avait-il raison de les prendre à la lettre? — C'est autre chose. Maximilien, qui, d'après Crato, était si bien disposé pour les Frères », avoue à un autre moment qu'il n'a pas lu leur Confession, ne se rappelle même pas qu'ils la lui ont envoyée *. A peine débarrassé de la diète, il renouvelle les anciens décrets contre l'Unité ^. En réalité, son principal désir était de ne pas mécontenter la cour pontificale, sans rompre ouvertement en visière aux Protestants tchèques. Le meilleur moyen pour cela était de les diviser, il lui serait alors aisé de trouver une fin de non-recevoir ;
î. Dans une conversation à Znoym, raconte Crato, il a dit à l'Empereur : parmi tous ceux qui se sont séparés de rÉglise romaine, je n'en trouve point qui me rappellent autant TÉglise apostolique que les Frères, Quœ fa" ciem primitivœ Ecclesiœ reprœsentareU — Moi non plus, répond l'Empereur, vous avez raison.
2. Le seigneur Jean de Ziérotyn avait obtenu une audience de l'Empereur; celui<i l'emmène dans sa voiture : ainsi les Frères ont abandonné leur confession et se rallient aux Utraquistes ! — Je ne sais rien de tout cela, Sire; au contraire, les Frères demandent à conserver leur credo et leur organisation. — Et que disent de cela ces messieurs de Prague ? Ils se proclament les vrais Hussites et veulent aussi conserver leur religion. — Sire, les vrais Hussites sont les Frères, ceux que l'on nomme les Picards, ce sont eux qui, jusqu'aujourd'hui, ont conservé cette religion dans toute sa pureté, comme ils l'ont montré longuement dans la Confession et la préface présentées à V. M. — Les Picards ont donc une Confession ? — Ils en ont une et V. M. l'a reçue, ainsi qu'un recueil de cantiques. — Je me rappelle bien le recueil de psaumes, mais pas la Confession; je l'aurais vue avec plaisir. — Un autre seigneur confirme qu'elle a été donnée; elle sera restée à Vienne. — C'est possible, dit l'Empereur, je n'ai aucun souvenir de
' ravoir eue ou lue (p. 425).
3. Les Frères avaient l'Âme naïve et l'illusion facile. Il m'est impossible de m'expliquer autrement les espérances qu'ils ont, à plusieurs reprises, placées dans Maximilien. Vers i537, c'est-à-dire au moment de sa plus grande ferveur protestante, il est déjà fort mal disposé pour eux, tout Luthérien; plus tard, sa foi s'attiédit : est-ce une raison pour supposer qu'il se rapproche de la secte la plus radicale ?
peu à peu la patienee des nobles s'épuiserait, l'assemblée se séparerait, et Ton aurait gagné du temps. La majorité avait bientôt percé à jour cette tactique et voulait à tout prix ne pas fournir à Maximilien le prétexte qu'il attendait '.
La réponse la plus topique aux reproches d'anarchie qu'on lui jetait toujours à la tête, c'était la rédaction d'une Confession commune que le roi serait bien obligé de sanctionner. Il n'y avait là rien de nature à effaroucher les Frères qui avaient toujours donné les plus grands éloges aux théologiens de Wittenberg. Malheureusement, dans leur ardeur ignorante, les Luthériens mirent les procédés contre eux : ils essayèrent d'emporter l'affaire de haute lutte, voulurent enlever le vote et étouffer les hésitations de rUnité sous les cris de leurs affidés. La suite prouva qu'ils n'étaient pas aussi féroces qu'ils s'en donnaient la mine : sur les plus graves questions, ils modifièrent très profondément leur manière de voir; en somme, tous ces laïques se souciaient assez peu des subtilités théologiques et ne comprenaient même pas toujours très bien le sens des formules sur lesquelles on ergotait. Mais, sans compter que cette frivolité même et ces brusques revirements déplaisaient aux Frères, les concessions de la majorité, faites de mauvaise grâce et contestées lorsqu'elles semblaient acquises, ne triomphaient pas de leurs préventions. Il y avait de plus, parmi les seigneurs, un groupe très hostile à l'Unité et qui lui tendait un piège; Vrzesovits, Spanovsky et leurs amis, après avoir tenté de la rejeter complètement hors du pani protestant, ne cachaient pas leurs intentions malveillantes et leur dessein d'exploiter contre la minorité les libertés conquises. Les Frères s'exagéraient un peu cette aversion et
I. Si Ton se place à ce point de vue, — et tout Tensemble des débats me semble l'exiger , la conduite des Luthériens vis-à-vis des Frères est beaucoup plus facile à expliquer et beaucoup moins odieuse. On raisonne toujours comme si les Luthériens avaient été les maîtres de la situation : en réalité, il n'en était rien, comme le démontra l'événement. Il fallait conquérir la liberté, et pour cela l'entente de tous les dissidents était nécessaire.
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lattribuaient à tort à l'ensemble des Luthériens. A demi Calvinistes, et s'en défendant, ils se sentaient dans une situation fausse, redoublaient d'exigences et reculaient à mesure que les autres avançaient ; ils faisaient volontiers bande à part, négociaient directement avec l'Empereur, sans s'apercevoir qu'ils donnaient ainsi des armes contre eux à leurs ennemis. A leur intransigeance, les meneurs de diète répondirent par une perfidie, violèrent leurs promesses, falsifièrent les textes par deux fois : les Frères étaient sur leurs gardes, ils dénoncèrent le mensonge, s'indignèrent très justement de cette trahison. Une scission paraissait inévitable. La joie était vive dans le camp catholique. « Sans l'Unité, disaient-ils, ils n'arriveront à rien. » — Plutôt que d'accepter la responsabilité d'une rupture ouverte, les Luthériens subirent enfin les conditions des Frères. Le 18 mai, après des négociations qui avaient ainsi duré plus de deux mois, ils se rendirent auprès de Maximilien, pour lui soumettre le résultat de leurs délibérations.
Un projet de Confession, rédigé par deux professeurs de l'Université de Prague, Crispin et Pressius, avait été d'abord discuté par une commission de dix-huit membres, puis voté en réunion plénière après d'importantes modifications. C'est la célèbre Confession de i SyS, connue sous le nom de Confession tchèque. Assez courte, elle a été composée sous la préoccupation visible d'éviter le plus possible les questions irritantes. C'est un mélange, souvent assez obscur et par moments contradictoire, de la doctrine luthérienne et de celle de l'Unité. Sur deux points essentiels sunout, la Communion et la Justification par la foi, l'influence des Frères est évidente. — Dans l'Eucharistie, le fidèle reçoit le vrai corps et le vrai sang du Sauveur. — C'était la doctrine de Mélanchton, mais elle se rapprochait singulièment de celle de Calvin ; l'Université de Wittenberg signala aussitôt l'obscurité de l'article et l'interprétation sacramentaire qu'il permettait. — A propos de la justification par la foi, tout en maintenant l'action divine de la grâce, la Confession manquait aussi de netteté, et les explications dont elle
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accompagnait le dogme, Tatténuaient visiblement. « La consécration, la nouvelle naissance de l'homme, se produit par la foi et par l'Esprit-Saint, lorsque, par la foi en Notre Sauveur Jésus, nous devenons participants au Christ et à tous ses mérites et sommes ainsi complètement justifiés devant Dieu ; alors, aussitôt et en même temps, par cette participation et cette communion en Jésus, se répand en nous, les membres vivants de son corps sacré, le Saint-Esprit qui nous consacre et nous régénère pour que nous commencions à être saints, et que, mourant à tous les mauvais penchants du corps, nous vivions en Dieu et nous nous avancions toujours plus dans cette sainteté primitive perdue par Adam et que nous réaliserons complètement un jour dans la vie éternelle '. » La foi seule sauve et le Christ n'exige pour se donner à nous que notre amour et notre espérance, mais cette foi n'est pas et ne peut pas être morte, « elle produit une nouvelle et éternelle vie, supprime tous les mauvais penchants..., et, comme il n'y a pas de feu sans chaleur ou de soleil sans rayons, il ne peut y avoir de foi véritable et de communion avec Christ sans régénération, sans amour et sans beaucoup de bonnes œuvres ^. » Il n'y a de bonnes œuvres que celles qui viennent de la foi et sont le fruit du Saint-Esprit, les vertus de ceux qui n'ont pas la foi sont des péchés ; mais quiconque néglige les bonnes œuvres et s'abandonne au mal, écarte l'Esprit-Saint et ainsi écarte et chasse la foi, car il est impossible qu'il puisse invoquer Dieu avec confiance et espoir, d'un cœur joyeux et tranquille.
La plupart des seigneurs avaient voté les amendements proposés par les Frères sans en apprécier très exactement la portée , mais les Luthériens étrangers furent assez peu satisfaits de cette transaction où on aperçoit en effet si clairement les préoccupations morales et pratiques de TUnité. Les Frères cependant refusèrent, même après ces modifi-