I. Gindely, Gesch. derbœhm. Brader, II, p
3. Le fait est d*autant plus remarquable que Lobkovits était Grand-Juge du pays, c'est-à-dire titulaire d'une des premières charges. — Journal de Sixte d*Ottersdorf, p. 353. — Le récit des Frères est plus complet. L'Empereur, prétendait-on, s'était plaint de la longueur de la session ; le seigneur deRos«nberg excuse les États: la question en litige est grave et mérite d'ôtre sérieusement étudiée. Maximilien proteste, il n'a jamais prononcé les paroles qu'on lui attribue : je m'en rappohe à vous, seigneur juge, m'avez vous entendu parler ainsi? — Oui, Sire, réplique par deux fois Lobkovits. — L'Empereur, très irrité et changeant de couleur, invoque le témoignage de ceux qui assistaient à l'entretien. Spanovsky, directement interpellé et tout tremblant, balbutie quelques paroles que personne n'entend. Lobkovits insiste. A l'avenir, reprend l'Empereur, il faudra donc que nous ayons des témoins (p. 443). — La question en elle-même n'avait pas grande importance et il est possible qu'il y eût eu quelque confusion, d'autant plus que le roî parlait fort mal le tchèque ; mais la scène est caractéristique. L'attitude des Migneurs catholiques n'était pas beaucoup plus respectueuse que celle des Évangélistes.
son fils aîné Rodolphe; mais il eût pensé acheter trop cher leur vote s'il s'était aliéné la Papauté. Il reprit ses manœuvres, accablant les Réformés de caresses et de compliments, rejetant ses réserves et ses lenteurs sur les Catholiques, s'excusant d'autre part auprès du nonce des promesses qu'on lui arrachait, se targuant de sa résistance et rassurant la cour de Rome sur ses véritables intentions, à grand renfort d'éloquence. Dans ses premières entrevues avec les Protestants après les vacances, il avait été très froid, sans doute pour rabattre un peu leurs prétentions et faciliter une transaction. Mais il était bien loin de vouloir les décourager complètement; il avait tout à craindre de leur mauvaise humeur, et s'ils se rebutaient, il serait le premier puni de leur désappointement : il n'aurait ni l'argent ni les votes qu'il attendait. Comme il tenait en même temps à couvrir sa responsabilité aux yeux du pape, à nettement établir qu'il avait eu la main forcée, il excitait en-dessous les Évangélistes et réussissait ainsi à regagner en partie leur confiance, ce qui devait les rendre plus traitables.
L'aventure était scabreuse et digne d'un siècle où les princes se vantaient presque tous d'être les disciples de Machiavel. La partie fut jouée par Maximilien avec une dextérité supérieure et telle que Catherine de Médicis ne l'eût pas désavouée ; en somme, il arriva à ses fins, puisqu'il obtint de la diète ce qu'il demandait, sans rompre avec les Catholiques. Malheureusement, il y a quelque maladresse à être trop habile; il ne faut jamais bien longtemps pour que toutes ces finesses ne trompent plus personne et elles discréditent sans retour ceux qui y recourent. La royauté sortit de cette crise profondément affaiblie; les dissidents qu'elle avait dupés ne lui pardonnèrent pas leur déception, et les Catholiques qu'elle avait effrayés ne se souvinrent que de leurs terreurs. Elle demeura isolée au milieu des partis dont elle n'avait pas su être l'arbitre et dont elle devint le jouet. Dans cette lutte, où il n'y eut pas de vainqueurs, elle fut la véritable vaincue. La diète de iSyS, quoique les seigneurs n'aient pas obtenu tout ce qu'ils demandaient, est bien ainsi
cependant la revanche de 1 547 et elle annonce les humiliations de Rodolphe et de Mathias.
Le 2 1 août, Maximilien avait prévenu de ses intentions Bohusias de Lobkovits : ma réponse ne plaira pas aux États, mais ne vous laissez pas troubler, soyez fermes et persévérants; je suis forcé d*agir ainsi par considération pour les Romains, mais si vous insistez, vous verrez*. — Le lendemain, il reçut les délégués de la diète : il lui était impossible, leur dit-il, d'approuver la nouvelle Confession ; ses serments ne le lui permettaient pas, elle était contraire à Tancienne doctrine utraquiste. D'ailleurs, que servirait-il de l'autoriser, puisqu'on n'établirait même pas ainsi l'unité religieuse dans le royaume et que les Frères persistaient à former une Église séparée. A quoi bon enfin ces nouveautés? Les États n'avaient jamais eu jusqu'alors à se plaindre de lui et il n'avait persécuté personne; il ne commencerait pas maintenant. — Les Évangélistes n'auraient sans doute pas eu besoin de l'invitation indirecte qu'il leur avait adressée j)our ne pas se contenter de cette réponse ; ils réfutèrent les objections du roi et sollicitèrent une décision moins négative.
Maximilien adoucit bientôt son langage. Une seule chose lui répugnait, c'était une déclaration officielle, inscrite dans les Tables du Pays, et dont le retentissement et le caractère solennel eussent provoqué une rupture avec la cour pontificale ^. Seule cependant, cette déclaration eût donné
3. Le jour de la Saint-Barthëlemy, les principaux chefs des Evangélistes étaient réunis quand parut au milieu d*eux le président de la chambre aulique avec un message de TEmpereur. Il les suppliait de ne pas exiger une réponse publique et en présence de la diète : il reçoit sans cesse des lettres du pape qui le menace d*excommunication s'il accorde aux États ce qu'ils demandent; les rois d*Espagne et de France, ainsi que les Électeurs ecclésiastiques, lui représentent que ce qu'il aura accordé à la Boh6me, les autres provinces le réclameront, ce qui provoquera un grand désordre ; s'il persiste dans son refus, le roi d'Espagne promet de laisser deux importants royaumes à deux de ses fils, et les Électeurs ecclésiastiques, deux des plus grands évéchés ; si une réponse était faite publiquement et écrite, elle serait connue au dehors et les héritiers du roi perdraient les avantages attendus, n veut accorder aux États ce qu'ils demandent et le leur confirmer de manière à ce que ni lui ni ses successeurs ne puissent nuire aux Utraqulstes,
aux Protestants une sécurité complète, les eût mis à Tabri de tout retour de fonune et les eût tirés de la fausse situation dans laquelle ils se débattaient depuis longtemps. La sagesse la plus élémentaire leur commandait de ne pas céder sur ce point. — La diplomatie du roi triompha à la longue de leur prudence.
Plusieurs fois il réunit les membres les plus influents de l'opposition ; dans ces entretiens particuliers, il déployait toutes les ressources de son esprit, leur ouvrait son cœur : tout ce qu'ils désiraient, ils l'auraient ; seulement qu'on n'exigeât pas un engagement public, un document officiel. En même temps qu'il captivait ainsi les États et les enveloppait de ses paroles onctueuses, qu'il les inondait d'eau bénite de cour, il se vantait auprès du nonce de sa fermeté. L'ambassadeur du pape le félicitait, l'engageait à persévérer. L'Empereur recevait modestement ses compliments : je vous l'avais bien dit que tout irait bien ; seulement il faut des ménagements; ce peuple ne doit pas être brusqué '.
Les Réformés pressentaient l'énorme sottise qu'on leur conseillait. Ils réclamaient toujours un contrat, une charte : puisque le roi avait des motifs sérieux de ménager les puissances catholiques en ce moment, ils n'insistaient pas sur un engagement définitif; qu'il leur promît seulement, — par écrit, — que leurs prêtres ne seraient pas inquiétés jusqu'à la prochaine diète et qu'on reprendrait alors la discussion.
et Rodolphe confirmera sa promesse, si bien que les Réformés n^auront rien à craindre sans que les étrangers aient aucune raison de plainte. Quant au Consistoire, on le laissera mourir de sa belle mort (p. 452). — Il n'y a aucune raison de ne pas croire ici à la sincérité de Maximilien et c'est en somme la solution sur laquelle on tomba d'accord. — Dans le message du président, il y a cependant un point obscur : l'Empereur offre de sanctionner ses déclarations « môme par sa Majesté. » M. Gindely traduit par une lettre de Majesté, et il y aurait de ma part quelque témérité à contester sa traduction. Comment cependant concilier ces mots avec le contexte ? Faut-il croire que Maximilien ait commis une erreur qu'explique facilement son ignorance du tchèque? Ou bien s'agit-il d'une lettre secrète, comme par exemple la déclaration de Podiébrad aux évoques? Ce qui est certain dans tous les cas, c'est qu'il ne saurait ôtre question d'un engagement officiel et public, î. Reimann, p. 272.
— L'Empereur n'était pas éloigné d'entrer dans leurs vues ; il était de ces débiteurs qui se croient libérés lorsqu'ils ont reculé les échéances. — Les Catholiques, l'Administrateur, Jean de Waldstein au contraire, crièrent, se prétendirent trompés. Maximilien exploita leur intervention. Le 2 septembre, il fit venir Lobkovits et neuf membres des États, reconmiença sesdoléances : ils voulaient une charte, mais alors ils n'avaient pas confiance en lui, et sa signature vaudrait-elle mieux que sa parole? — Ils suspectaient les intentions de ses fils? — Sans doute, ils sont catholiques, mais ils savent ce qu'ils doivent à leur père et ils n'iront pas contre sa volonté. Sur son âme, sur son honneur, qu'ils ne doutent pas de lui : si quelqu'un attaquait les Protestants, ils n'avaient qu'à s'adresser à leur souverain ; il savait que la main de Dieu s'appesantit sur les rois parjures. — L'allusion à Charles IX était transparente, et elle ne passa pas inaperçue *.
Les délégués ne résistèrent pas à ces torrents d'éloquence et ils entraînèrent le reste de la diète. Les promesses de Maximilien manquaient au moins de précision. S'appliquaient-elles à l'Unité? Le doute était permis, mais les Frères étaient conquis ', et les Luthériens, assez mécontents du rôle qu'avaient joué leurs partenaires, faisaient bon marché de leur sécurité. Les anciennes rivalités de castes avaient reparu, les bourgeois se plaignaient fort justement des privilégiés et ceux-ci les traitaient d'insolents. Beaucoup de nobles étaient las de cette interminable session, presque tous étaient enchantés d'éviter une rébellion ouverte. Ils préférèrent ne pas aller trop au fond des choses. Une députation des Évangélistes se rendit auprès du roi