‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 124 sur 239 · I. Décrets, p · texte numérisé non relu

I. Décrets, p

L*UNITÉ ET LES ÉTUDES 3o5

sont transportés dans un milieu supérieur. Rien de plus admirable que les types de grands seigneurs formés à cette école; les idées démocratiques, fortifiées et épurées par l'Évangile, se maintiennent vivantes dans ce groupe et pénètrent ses chefs les plus illustres. Sous cette forte discipline, les âmes se trempent ; une idée les domine, faire tout leur devoir. A toutes les heures du jour, ils se sentent sous l'œil de Dieu, sans autre volonté que la sienne, sans autre crainte que de mériter sa colère. Aucune épreuve ne les accable, aucun sacrifice ne les effraye. Boudovets de Boudov, Ziérotyn, pour ne citer que les plus illustres, — et combien n'en nommerait-on pas qui, dans une position moins en vue, appartiennent à la même famille spirituelle, — ont commis des fautes, pas une bassesse. On ne saurait leur comparer que quelques nobles calvinistes français qui joignent comme eux à un esprit supérieur une piété vivante et une admirable vertu. Ils sont l'honneur de leur peuple et il semble qu'ils auraient mérité d'être le rachat de ses fautes; ils en furent seulement les victimes expiatoires.

Le trait fondamental de la doctrine des Frères, c'est que chaque homme est responsable de son salut : le fidèle n'abdique pas sa volonté et sa conscience entre les mains d'un directeur qui répand sur lui les grâces divines; il doit s'élever par ses propres efforts jusqu'à la vérité et à la foi. — De là la nécessité de l'instruction. La Réforme tchèque, en affranchissant la conscience humaine du joug de l'Église, s'était préoccupée dès le premier jour de permettre à tous de puiser directement à la source de vie et de lire l'Évangile. Au début les écoles étaient rares, les méthodes mauvaises : les pasteurs et les pères de famille remplaçaient les instituteurs et le zèle suppléait aux connaissances. Balbin, plus tard, s'étonne de se voir interrompu au milieu d'un sermon par une vieille femme qui rectifie une citation inexacte de l'Écriture. Chez les Frères, l'habitude de la lecture était si répandue que leurs adversaires croyaient que le diable les instruisait : il suffisait, disait-on, qu'un paysan passât à l'Unité pour savoir lire, et, s'il se séparait

3o6 l'unité et les études

d'elle, il oubliait aussitôt ses lettres '. Les décrets rappellent souvent aux parents qu'ils ont le devoir d'instruire leurs enfants. Les jeunes filles lisaient aussi l'Évangile; les femmes devaient leur apprendre à lire, à coudre, à écrire, veiller « à ce que rien de mauvais ne pénétrât dans leur cœur. » Pendant longtemps, les Frères s'en étaient tenus là, peu attirés par les hautes études qui leur paraissaient inutiles ou dangereuses. Ils demandaient à leurs maîtres moins de science que de piété. C'est avec la science, disaient-ils, et la piété monastique que les divisions ont pénétré dans l'Église ^. Leurs prêtres, Loukach, Krasonitsky, etc., possédaient cependant dès lors une érudition étendue, mais ils semblent n'avoir pas compris les avantages qu'ils en tiraient, et la masse des fidèles confondait toujours l'ignorance et la simplicité de cœur. L'activité littéraire de leurs directeurs était pour beaucoup d'entre eux un objet d'inquiétude plus que d'édification : on renouvelait de temps en temps le décret qui interdisait aux prêtres de publier des livres sous leur nom ou de faire imprimer aucun ouvrage sans l'autorisation du Conseil ; les travaux mêmes qu'ils approuvaient, ils ne les répandaient pas, les cachaient aux profanes, ne les distribuaient qu'aux fidèles ^. Ils finirent par apercevoir les inconvénients d'une réserve qui prêtait à de nombreuses calomnies et s'affranchirent peu à peu d'une timidité que blâmaient tous les Protestants étrangers. Ils s'habituèrent vers 1540 à envoyer quelques jeunes gens terminer leurs études en Allemagne ou en Suisse, puis fondèrent des écoles secondaires en Bohême et en Moravie. On y enseignait surtout la parole de Dieu et il ne semble pas que les méthodes aient été très différentes de celles que l'on appliquait partout ailleurs, mais la discipline y était sans doute meilleure et le zèle des maîtres plus grand; bientôt la renommée de ces établissements fut telle que des Luthériens

Page 1