‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 126 sur 239 · Mùller, p · texte numérisé non relu

Mùller, p

3. La proportion est relativement beaucoup plus faible de 1647 ^ '^^^ que dans la période précédente ; cela s'explique surtout par la persécution et la disparition d'un assez grand nombre d'Églises. Les chiffres ne sont que très vaguement approximatifs. Jungmann attribuait à Loukach 25 ouvrages, Gindely en compte 80; Jungmann ne connaît que sept écrits de Blahoslas, Gindely 19 en i856, 22 en i858, sans compter une foule de dissertations, Jiretchek 28; Zoubek énumère 110 ouvrages de Komensky au lieu des 3i que citait Jungmann.

3o8 l'unité et les études

de Ziérotyn encourageaient les directeurs de leurs sympathies éclairées et les soutenaient de leur bourse. Quelquesuns des livres édités par Zacharie Solin, le plus grand imprimeur tchèque, soutiennent sans peine la comparaison avec les Elzévirs '.

Les ouvrages des Frères se divisent en deux grandes catégories : religion et histoire. Les livres religieux sont des œuvres de polémique, des catéchismes, des cantiques, et des traductions de FÉcriture. On reconnaît là la merveilleuse aptitude de l'Unité à pénétrer Tâme jusqu'aux moelles, à ne négliger aucun moyen d'action; comme éducateurs, ils n'ont d'égaux que les Jésuites, — moins habiles, plus sincères, aussi maîtres dans l'art de s'insinuer et de s'emparer de l'être tout entier. Les catéchismes étaient de deux sortes, les uns plus développés, entourés d'un certain apparat d'érudition, destinés surtout aux étrangers et aux maîtres; les autres, beaucoup plus répandus, les petits catéchismes, courts, précis, simples, admirablement appropriés aux humbles de cœur qui y trouvaient une réponse à toutes les demandes, un guide sûr dans les heures de tentation et de doute ^

Les cantiques donnaient satisfaction aux besoins de la sensibilité et de l'imagination. Au début, l'ascétisme des Frères condamnait la peinture et la musique; une des causes de leur séparation de l'Église romaine, c'étaient les coutumes idolâtres : les prières psalmodiées dans une langue étrangère, la pompe des cérémonies, les chants, les trompettes, tout le drame de la messe, les images et les ornements n'étaient à leurs yeux que de dangereuses distractions : l'œil et l'oreille étaient satisfaits, mais l'âme se détournait des choses éternelles. Peu à peu, ce rigorisme excessif était tombé. Il ne suffit pas à une doctrine de satis-

1. Dans toutes ses lettres, Charles de Ziérotyn, le chef de la noblesse protestante morave, faisait saluer Solin, et dans les circonstances délicates, il lui demandait de le représenter.

2. V. le petit catéchisme des Frères, édité par Mûller, p. 276-31 5. l\ serait curieux de rapprocher ce catéchisme de celui de Canisius.

LES RECtTEILS DE CANTIQUES SOQ

faire la raison, il faut qu'elle parle au cœur; tous les sentiments de mélancolie et d'espérance, les élans vers Dieu, les cris de douleur et de joie eurent leur expression dans les cantiques. Les chants des fidèles remplacèrent les chœurs de prêtres et donnèrent au culte un profond caractère d'émotion et de poésie sans rien lui enlever de sa simplicité intime. « L'esprit religieux du peuple, dit un historien qui n'est pas suspect d'une tendresse excessive pour l'Unité, eut sa plus haute et plus complète expression dans ces psaumes qui élevaient jusqu'à Dieu l'âme du chanteur. Comme les anciennes épopées, ils sont moins l'œuvre des auteurs que celle de la collaboration de l'Église tout entière. Ils renferment l'histoire du développement religieux de la race. Ils étaient l'écho de la vie nationale de la Bohème; quand elle disparut, ils cessèrent ». »

Ces psaumes peuvent se répartir en deux classes. Les uns ont été ordinairement composés par les évêques, Loukach. Cornu, Mach ^, Israël ^ et Blahoslas; leur valeur littéraire et poétique est plus ou moins grande, mais ils se distinguent en général par leur recherche de la précision dogmatique; ce sont des paraphrases versifiées du catéchisme, ils sont divisés en chapitres dans lesquels on passe successivement en revue les principaux articles de foi. Les auteurs se préoccupent surtout d'instruire les fidèles et de pénétrer profondément leur esprit des connaissances nécessaires au salut; la science théologique y remplace assez incomplètement l'inspiration. Dans les autres, qui sont souvent anonymes, l'on admire par moments une

1. Chloumetsky, ZiVrofyw, p. 267. La préface du Recueil de iSyô parle « de la composition des chants pieux par les serviteurs de Dieu et son peuple, suivant qu*il plaisait à l'esprit du Seigneur de souffler ». Cp. sur l'hymnologic des Frères, Crœger, Gesch, der alten BrûderkirchCy 1866, t. II; Zahn, Die geistlichen Lieder der Brûder in Bœhmen, Mœhren und Polen, in einer Auswahlf/ûr eine Singstimme.., eingerichtet^ 1875.

2. Mach ou Mathias Sion, nommé évéquc en i537, suivit les Frères exilés en 1548. Comme Augusta, il n'avait pas fait d'études régulières. Il mourut en i55i.

3. Israël fiit le principal organisateur des Églises de l'Unité en Pologne. Il mourut octogénaire en i588.

3lO LES RECUEILS DE CANTIQUES

grâce, une fraîcheur, une sincérité et une verdeur de sentiment qui rappellent les plus charmantes et les plus touchantes des chansons populaires. A une époque où les poètes de profession sont si médiocres et si plats, on éprouve, au sortir de leur bavardage, une joyeuse surprise à lire ces strophes dans lesquelles se reflète Tàme slave, si ouverte aux impressions de la nature, si naïve et si tendre '. C'est à ces hymnes que s'appliquent très justement les paroles de Herder : ils sont pénétrés d'une simplicité et d'une piété, d'une ferveur et d'un esprit d'amour fraternel que nous ne devons pas espérer imiter, parce que les traits de caractère qu'ils traduisent ont disparu. — Ce n'était pas seulement dans le temple que l'on chantait les psaumes; ils faisaient partie de la vie même des fidèles; toutes les heures du jour, tous les travaux avaient leurs chants. « Vos églises, dit Rtidinger dans une préface dédiée à Ziérotyn, surpassent toutes les autres par le chant. Où entend-on aussi souvent les hymnes de louange, de reconnaissance, de prière ou d'instruction?... Quelle richesse merveilleuse! Votre dernier psautier renferme 743 cantiques, et combien n'ont jamais été publiés! Plus du double. Toute |a congrégation chante et prend ainsi une part active au Service divin. Ce qui dans les psaumes hébreux semble défier toute imitation, a été admirablement imité dans vos hymnes. Mon émotion a été profonde quand je les ai écoutés pour la première fois... Et ces chants, on ne les entend pas seulement dans les assemblées publiques, mais dans le cercle de la famille, dans votre maison et dans celle des autres seigneurs, à la prière du matin et à celle du soir, avant et après les repas *. »

Le nombre des éditions des recueils de cantiques prouve quelle place ils tenaient dans le culte public et privé ^. C'é-

1. Comp. l'hymne ravissant que cite Jiretchek dans son Anthologie^ p. 3i3.

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