AUTRICHE OU BOHÊME
Rodolphe étaient sensibles. Ils n'avaient su développer régulièrement aucune des institutions centrales qui dataient de Ferdinand, et, comme il leur avait été impossible d'autre part de ne pas s'en servir, ils n'avaient pas créé un patriotisme autrichien mais inquiété les patriotismes particularistes et provoqué les très légitimes défiances des Tchèques, sans établir une organisation centrale assez solide pour contrebalancer les forces centrifuges. Les Bohèmes avaient assisté presque en silence à la transformation politique qui tendait à réduire le royaume au rang d'une simple province, — par timidité, par ignorance, parce que le changement était très lent, les griefs assez difficiles à formuler et que l'autonomie du royaume était toujours entière en principe; néanmoins cette sourde action d'institutions et d'agents étrangers qui rongeaient leurs prérogatives, les exaspérait. Bien que leur amour-propre fût satisfait par le séjour permanent de Rodolphe à Prague qui redevenait ainsi la capitale de l'Empire, ils n'ignoraient pas que ce n'était là qu'un hasard : le caprice d'un nouveau souverain pouvait la dépouiller bientôt de son intermittente primauté, et même à ce moment Vienne et Innsbrlick la lui disputaient. La Chambre aulique de Vienne, le Conseil de guerre, la Chancellerie impériale exerçaient sur la direction générale des affaires une influence bien plus étendue que les grands dignitaires tchèques. La part la plus réelle — sinon la plus éclatante — de l'autorité était entre les mains de fonctionnaires étrangers : le centre de l'administration, même sous Rodolphe, était Vienne : on y avait constitué une sorte de régence sous la présidence d'un archiduc, et presque toutes les résolutions importantes partaient de là; le secrétaire hongrois, en résidence à Prague, finit par demander son congé, il n'avait plus rien à faire \ Il n'y avait plus d'armée tchèque, mais une armée impériale; la politique n'était plus nationale, mais dynastique; les ambassadeurs étaient accrédités, non auprès du roi de Bohême, mais au-
I. Fellner, Mittheil. des Instituts fttr œsterr. Gesch, 1887, p. 296.