‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 139 sur 239 · AUTRICHE OU BOHÊME · texte numérisé non relu

AUTRICHE OU BOHÊME

licisme, mais si l'Empereur soumettrait à son autorité les Électeurs germaniques : vainqueur de l'Allemagne, il eût été le maître du monde. De même, dans les incidents qui précèdent la guerre, c'est-à-dire dans le conflit de Rodolphe et des Protestants bohèmes, les questions religieuses se compliquent d'intérêts politiques. Si Henri IV ou Philippe III suivent avec tant d'attention les manœuvres des seigneurs tchèques, le fanatisme catholique ou le souci de la liberté de conscience ne sont ni les seuls ni peut-être les plus importants mobiles de leur conduite.

Par une conséquence toute naturelle de la manière dont était engagée la lutte, la défaite des Protestants entraîna, en même temps que le triomphe de la monarchie absolue, la chute de l'indépendance nationale : le royaume tchèque fut dès lors indissolublement lié à la dynastie des Habsbourgs. Faut-il s'en féliciter ou le déplorer? La question est assez oiseuse, mais elle a été trop souvent débattue pour qu'il soit possible de l'écarter absolument. Les conséquences de la bataille de la Montagne-Blanche, tout le monde les connaît : d'épouvantables supplices, la ruine du pays, la pensée étouffée, la nationalité compromise, deux siècles d'agonie, c'est presque un miracle que la race tchèque n'ait pas disparu dans la tourmente, et de nos jours encore, malgré des efforts héroïques et des progrès prodigieux, que de difficultés et de souffrances! En face de ce bilan, il faut quelque courage pour conserver une certaine liberté de jugement, et on comprend la douleur que le souvenir de la Montagne maudite éveille toujours chez les Slaves. — Et cependant quel eût été le résultat de la victoire de l'oligarchie? Où le désordre féodal a-t-il conduit la Pologne? Les seigneurs praguois auraient-ils été plus sages ou plus heureux? La nationalité tchèque s'est en somme maintenue sous les Habsbourgs, ils l'ont protégée contre l'Allemagne : une dynastie palatine ou saxonne l'aurait-elle pu ou l'aurait-elle même voulu? Pour que les Bohèmes reprissent un jour leur place à l'avantgarde du monde slave et leur rôle naturel d'intermédiaires entre l'Occident et l'Orient, il fallait d'abord qu'ils ne fus-

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sent pas absorbés par une autre race; ils ont survécu au despotisme, auraient-ils résisté à Tanarchie?

Qui sait, dira-t-on, si l'usage de la liberté n'eût pas peu à peu élargi l'esprit des nobles et si leur patriotisme ne se fût pas éclairé et fortifié par Thabitude de la responsabilité? — C'est possible; lorsqu'on s'engage sur le terrain des hypothèses, toutes les conclusions sont admissibles. Ce qui estcenain du moins, c'est que l'oligarchie bohème mérita sa défaite. Dans la crise définitive, elle ne s'affranchit pas de ses défauts ordinaires, Tétroitesse de cœur, la légèreté imprévoyante, l'inconsistance; elle engagea le pays dans une crise redoutable, sans réfléchir aux conséquences probables de son action, sans avoir mesuré ses forces et celles de ses adversaires, sans savoir nettement ni ce qu'elle voulait ni quels moyens elle emploierait. Il n'y a de révolutions victorieuses que les révolutions légitimes, et les révolutions légitimes sont les révolutions préparées, c'est-à-dire non pas celles qui ont été précédées par les intrigues de quelques chasseurs d'aventures, mais celles qui sont appelées par la conscience obscure du peuple, parce qu'elles sont le dernier terme d'une longue évolution préalable. Que la bataille de la Montagne-Blanche ait été funeste ou heureuse, elle était fatale; les fautes des hommes et l'enchaînement des circonstances acculaient la Bohême à une rupture avec ses souverains, et elle abordait ce duel dans de telles conditions que sa victoire était impossible. La constitution politique du royaume, les relations des diverses provinces qui le composaient et des différentes classes de la société, la condition matérielle et morale du pays, tout révélait un tel état d'anémie que le premier à-coup un peu grave devait être funeste.

Les limites du royaume étaient encore fort étendues, puisqu'il comprenait toujours la Moravie, la Silésie et les Lusaces, et certaines traditions donnaient une valeur concrète apparente à cette union théorique. Les lois, par exemple, qui interdisaient aux étrangers d'acquérir des terres en Bohême, ne s'appliquaient pas aux habitants des provinces annexes; un Autrichien était un étranger à Prague, un Si-

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