‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 142 sur 239 · Cp. Gindely, II, p. ayS · texte numérisé non relu

Cp. Gindely, II, p. ayS

nèrent satisfaction sur les points les plus importants et acceptèrent presque le démembrement du royaume. Singulier patriotisme qui sacrifiait ainsi à des intérêts de caste la grandeur et l'unité du pays ! Encore ce renoncement futil stérile. Un vote n'eiface pas des animosités séculaires, au moment même où tous les Protestants du royaume marchent ensemble au combat, ils ne forment qu'une coalition et leur force est minée comme leur action ralentie par les défiances et les sourdes rivalités qui accompagnent toujours les alliances de hasard et d'occasion. Les relations sont moins étroites peut-être alors entre la Bohême et les provinces annexes qu'entre celles-ci et les autres domaines des Habsbourgs, et Ziérotyn n'hésite pas à se séparer de la Couronne plutôt que de rompre avec les Protestants de Hongrie et d'Autriche '.

L'isolement des Bohèmes était d'autant plus périlleux que leurs forces matérielles et morales étaient plus affaiblies, et que, par suite de i'impéritie politique des nobles, l'indifférence chagrine de l'immense majorité de la nation, annihilée et dégoûtée, énervait la résistance vitale du corps social.

Le désastre des villes en 1647 avait au moins réveillé chez elles le sentiment de leur solidarité en les soumettant aux mêmes épreuves, et créé, dans une certaine mesure, un esprit bourgeois plus ouvert et moins étroitement borné aux murs de chacune des cités 2. Sous Maximilien et Rodolphe, elles avaient exploité la faiblesse des souverains et leurs besoins financiers pour obtenir en échange des dons et des avances qu'elles leurs consentaient, quelques concessions împonantes. L'année 1679 fut marquée ainsi par un très heureux changement dans leur condition : Rodolphe et les États autorisèrent l'impression d'un Code des Cou-

1. Goll, La lettre de Majesté des Silésiens, Tchas. tek. Af., t. 48.

2. Depuis lors, les progrès des villes sont marqués par des lois et des arrêts qui s'appliquent à l'ensemble des cités, et non plus par des privilèges particuliers à chaque commune; Tchélakovsky, Privilèges des villes de Prague, p, xxxix.

tames de Prague, rassemblées et rédigées par maître Paul Chrétien de Koldyn, et qui fit dès lors autorité. Non seulement il protégeait les bourgeois contre l'arbitraire et les vexations en fixant avec plus de précision la procédure et le droit, mais il rendait aux communes une partie de leur autonomie. Elles retrouvaient une influence indirecte sur la nomination de leurs magistrats et une partie des attributions administratives qui avaient été soustraites à leurs Conseils leur étaient restituées ; aucune dette ne pouvait être contractée sans l'avis des Anciens, représentants directs de la commune et que Stransky compare aux tribuns romains, chargés de défendre la constitution et la liberté. Peu à peu, de nouvelles ordonnances confirmèrent et étendirent ces progrès ". Le droit des bourgeois à n'être jugés que par leurs tribunaux fut à diverses reprises sanctionné par les diètes; les évocations, interdites; les pouvoirs des juges et des capitaines royaux, limités ; les villes recouvrèrent quelques-uns de leurs domaines, la disposition de certains de leurs revenus, le patronage de leurs églises. La commune et les habitants de Prague furent de nouveau autorisés à acquérir des biens libres et à les faire inscrire dans les Tables du Pays (iSgS); en 1608, le roi renonça à la confiscation des biens des condamnés.

En même temps que les villes travaillaient avec quelque succès à s'affranchir de l'oppression qui pesait sur elles, leur nombre s'accroissait ; les rois accueillaient en général assez volontiers les demandes des communes seigneuriales désireuses de se soustraire à l'aurorité de leurs maîtres immédiats pour ne relever que du roi ; en quarante ans, neuf villes reçoivent ainsi le titre de cités royales, ce qui rehausse naturellement le crédit de l'Ordre tout entier. La tranquil-

I. Sur l'organisation des villes à cette époque, v. Koldyn, dans le Codex juris hohemici, tome IV, 3* partie, a* section (Prague 1876), p. 7-25. Koldyn, (i 530-1589) avait été professeur à TUniversité, puis notaire et chancelier de la ville de Prague. Ses Coutumes, acceptées en 1579 dans toutes les villes de Bohême, — sauf Louny et Litomierzitse qui ne les adoptèrent qu'en 16 10,— furent étendues à la Moravie en 1697 et conservèrent leur autorité jusqu'à la promulgation du code civil autrichien (1786-1811).

36o NOBLES ET BOURGEOIS

lité qui règne en général dans le pays, la longue durée de la paix, — à Prague, le séjour de la cour et les sessions des diètes, — en province, les habitudes nouvelles de luxe rendent un peu d'activité au commerce. La prospérité n'est ni très grande ni très solide, mais les bourgeois jouissent d'une certaine aisance et disposent de quelques capitaux : il n'en faut pas plus pour leur valoir les bonnes grâces du roi et augmenter leur considération. Leur attitude aux diètes est moins effacée et leur situation moins précaire. Depuis 1 547, ils n'y siégeaient plus que par grâce et les Constitutions de 1649 ^^ ^^ 1564, en réservant aux nobles seuls le pouvoir de modifier avec l'assentiment du roi le droit public, les condamnaient à une humiliante subordination. Le Code de 1679 reconnaît aux communes le droit de modifier leurs coutumes, si le souverain le permet : les points sur lesquels elles se seront mises d'accord avec lui auront force de loi '. Leur condition légale est désormais par conséquent analogue à ce point de vue à celle des Ordres privilégiés.

Les nobles auraient dû se réjouir de ces changements qui leur promettaient de nouveaux alliés pour la défense des libertés publiques. La catastrophe de 1 547 devait prouver aux moins clairvoyants que l'affaiblissement des villes ne servait que l'absolutisme; n'étaient-ce pas les villes qui avaient sauvé le Hussitisme, et si leurs murailles n'étaient plus assez solides pour arrêter les armées permanentes, où donc trouverait-on, sinon dans la poche des boui^eois, l'argent nécessaire pour soutenir la résistance? — Les seigneurs étaient incorrigibles et leur stupide jalousie ne négligea rien pour arrêter le développement des cités ; leurs inqualifiables procédés expliquent et justifient largement la froideur des communes quand il fallut combattre à leurs côtés. Ces fougueux défenseurs de la libené religieuse ne rougirent pas de compromettre la cause qu'ils servaient plutôt que de reconnaître aux bourgeois une certaine égalité de droits. En

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