I. Tchélakovsky, p. 73 et (J
contre les bourgeois '. Lors de la discussion des réformes constitutionnelles, les demandes des villes, qui cependant étaient fort loin d'être excessives, déchaînèrent une tempête. « Il y avait là, parmi les Chevaliers, des fous furieux qui croyaient avoir affaire à leurs serfs ». Les villçs perdirent patience, parlèrent de se retirer de la diète : puisque, non content de leur refuser de nouveaux privilèges, on leur contestait ceux qu'elles avaient toujours possédés, elles ne paieraient plus les impôts. Les Seigneurs, dont l'intelligence était un peu moins bornée que celle des Chevaliers, s'entremirent, le comte Schlick surtout qui avait décidé les bourgeois à se joindre à l'insurrection en leur promettant qu'on rétablirait les libertés supprimées en 1547. Les Chevaliers cédèrent en maugréant; mais ces querelles laissèrent dans les âmes beaucoup de défiance et d'amertume *. La majorité des nobles, surtout parmi les Chevaliers, resta toujours, même dans les moments les plus critiques, dominée par ses jalousies et ses rancunes, refusa, jusqu'à la dernière heure, de traiter les villes en égales. En face de ces dispositions arrogantes et malveillantes, celles-ci à leur tour ne s'engagèrent jamais franchement dans la guerre et tournèrent sans cesse les yeux vers Vienne.
De qui tenaient-elles leurs privilèges, sinon des souverains? Les communes et la royauté n'avaient-elles pas les mêmes intérêts, les mêmes adversaires? Les traditions et la raison ne leur ordonnaient-elles pas de se réunir pour s'opposer aux usurpations d'une oligarchie ombrageuse? Les insolences des nobles rappelaient trop bien aux bourgeois qu'à diverses reprises le prince seul les avait défendus : aussi beaucoup parmi eux, et non des moins courageux ou des
I. Les villes obtinrent cependant satisfaction sur ce point, grâce à Tappui des Seigneurs. Ce qui importe ici, ce n*est pas le résultat, mais les sentiments d'une grande partie de la noblesse. Skala, III, p. 76.
3. Id»^ p. 199. Toute cette discussion, dont nous trouvons les détails dans Skala, ne laisse absolument aucun doute sur Tétat des esprits. La demande la plus simple des villes exaspère les Chevaliers; jamais Tégolsme et rintolérance n'ont été poussés plus loin. Les débats sont conduits de part et d'autre avec une passion furibonde.
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moins dévoués au Protestantisme, ne s'engageaient-ils qu'avec remords dans la voie pleine de fondrières où on les poussait avec si peu de bonne grâce. Datchitsky de Heslov, qui traduit fort exactement les tendances de la bourgeoisie contemporaine et en particulier de celle de Koutna- Hora, sa ville natale, est très nettement hostile à l'insurrection, accuse les chefs « d'avoir agi sans réfléchir aux conséquences », reproduit avec une évidente complaisance les accusations qui courent contre eux : ils se sont révoltés, non par juste colère et pour se défendre contre la violence et l'arbitraire, mais par envie, haine personnelle et orgueil « . Et dans tous les écrits contemporains la même note domine. A Prague, la nouvelle du soulèvement des États « provoque une grande terreur et beaucoup se cachent et s'enfuient ». A Kourzim, la consternation est universelle; à Kolin, dont les habitants sont presque tous protestants, l'enthousiasme n'est pas moins modéré *, et un des principaux citoyens, évangéliste convaincu, a plus de confiance dans le secrétaire du roi, Michna, bien connu cependant pour sa foi catholique, que dans les nobles protestants.
Lorsque les villes, où s'étaient maintenus avec quelques institutions libérales un certain goût pour les affaires publiques et des traditions d'indépendance, se renfermaient ainsi dans une indifférence soupçonneuse, ou, dans les cas les plus favorables, n'apportaient à la cause nationale qu'une bonne volonté toute platonique, que devait-on attendre de la masse de la population?
Les velléités de Ferdinand en faveur des paysans n'avaient
^ produit aucune amélioration appréciable, et Maximilien et
Rodolphe n'avaient ni le cœur ni l'esprit assez hauts pour
prendre en mains les intérêts des serfs. La royauté hors
I. Datchitsky, Mémoires^ I, p. 344 et 345. Les seigneurs, t après avoir rejeté le souverain droit du roi, ont été à la fois accusateurs^ témoins, juges et exécuteurs. »
3. Kolin ne se rallia à la révolte que par crainte. Aussi aucune trace de dévouement et de courage; rabattement est général, on s'attend aux pires malheurs sans avoir m6me la résolution que semblerait devoir inspirer le désespoir. L'unique préoccupation est de se soustraire aux charges communes.
de cause, les seigneurs et les serfs étaient demeurés en présence sans qu'aucun pouvoir supérieur intervînt pour contenir les uns et protéger les autres. La situation, dans ses traits les plus généraux, était demeurée la même que dans le premier quart du siècle, c'est-à-dire en sonmie que la condition des paysans était mauvaise et leurs dispositions assez hostiles à l'ordre de choses établi.
Un assez grand nombre d'historiens seraient presque disposés à les accuser d'exigences exagérées. — N'étaient-ils pas encore infiniment mieux traités qne ceux de Pologne et de Hongrie? Les redevances n'étaient pas excessives, ni les corvées trop lourdes. L'aisance avait augmenté, et même le luxe : nous en avons la preuve dans les lois somptuaires qui interdisent aux paysans et à leurs femmes les étoffes d'or et de soie , les vêtements éclatants, les grandes bottes fines à revers. Presque pas de commune qui n'eût ses étuves; les mandats prescrivent souvent que, le samedi, le travail des journaliers finira plus tôt que de coutume pour qu'ils aient le temps d'aller au bain. L'impôt féodal est ordinairement payé en argent, et non en nature ou en travail, ce qui est une preuve de richesse. Les mandats qui règlent les rapports des maîtres et des sujets, toujours plus nombreux, rendent aux vilains une certaine autonomie, corrigent les plus désastreux effets de la loi. — Tout cela est incontestable : il n'est pas douteux que les paysans de 1700 ou de 1760 auraient accueilli avec une joie enthousiaste le retour au régime sous lequel vivaient les Tchèques du xvi* siècle. Peut-être même, en un certain sens, la condition moyenne des serfs était-elle un peu meilleure en 16 18 qu'en i55o. Comme il arrive assez souvent, le fait accompli avait amené un certain apaisement : les nobles consentaient plus volontiers à quelques concessions, depuis que leurs droits étaient plus solidement établis et plus universellement reconnus; l'Humanisme et les exhortations chrétiennes des Frères, l'adoucissement des mœurs, une longue période de paix et de sécurité avaient enlevé au gouvernçment des patrons un peu
de son âpreté et aux revendications des laboureurs un peu de leur amertume.
Ce ne sont là pourtant que des nuances, et, — pour n'être pas indifférentes, — rien n'est changé au fond des choses. Les paysans n'ont pas été réintégrés dans leurs droits de citoyens, ils sont en dehors, au-dessous de la loi. Deux classes restent ainsi en présence, les opprimés et les oppresseurs. Comment espérer que les serfs sacrifieront leur vie pour des maîtres insolents? On leur parlera de la patrie? — Ils n'en ont plus. — De la religion? — Ils suivent celle qu'on leur impose. Jadis le peuple s'était levé contre Sigismond, parce qu'alors il combattait pour sa propre cause : maintenant, quel que soit le vainqueur, que lui importe?
En dépit de toutes les améliorations de détail, la grande iniquité subsiste et, avec elle, les abus inévitables qu'elle engendre. Le serf, en fait, est à la merci de son maître et si, ordinairement, ce maître n'est pas méchant, il est souvent tracassier, avide et brutal ; dans tous les cas, il n'y a en fait aucun recours sérieux contre lui, aucune protection à espérer contre ses caprices.
M. Gindely, qui n'est pas suspect de pessimisme en ces matières, rapporte certains faits qui jettent sur les pouvoirs des seigneurs et leurs procédés une lumière éclatante. — Henri de Waldstein avait publié un ouvrage très violent contre Rodolphe et Mathias; cité en justice, il rejette la faute sur l'imprimeur; on mande celui-ci pour entendre sa déposition ; Henri part en toute hâte, et, sur ses ordres, l'imprimeur est arrêté et exécuté secrètement. Le procédé parut vif : le coupable fut condamné à une amende considérable ; il s'en tirait à bon compte ; il ne s'en plaignit pas moins de l'injustice dont il était victime '. — L'histoire d'un des fils naturels de Rodolphe, le marquis Jules, est plus curieuse. Il menait à Prague une vie si scandaleuse que son père dut le reléguer dans le château de Kroumlov; il ne s'y conduisit pas mieux qu'à Prague.