‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 146 sur 239 · Gindely, Rodolphe II, 11, p · texte numérisé non relu

Gindely, Rodolphe II, 11, p

En i6o6y le conseil municipal et le bourgmestre dénoncent ses crimes : aucune femme n'est à l'abri de ses outrages : il pénètre de force dans les maisons pour assouvir sa brutalité; on redoute une émeute. Lamentations stériles! Pendant deux ans, le marquis poursuit le cours de ses exploits. Au mois de février 1608, il distingue la fille d'un barbier et l'installe au château ; il semble bien que dès lors sa raison s'était obscurcie et qu'il était en proie à des accès de folie ; dans un moment de fureur, il blesse grièvement la jeune fille et la jette dans un étang. Sauvée par miracle, la malheureuse se réfugie chez son père ; Jules le somme de la lui livrer, et, sur son refus, il demande au conseil municipal de le condamner à mort. En attendant, il le fait jeter en prison et l'y retient plusieurs semaines dans un horrible cachot. La femme du barbier, affolée, ramène sa fille au château, et quelque temps après, celle-ci est assassinée dans des circonstances épouvantables. — Plusieurs mois se passent sans qu'aucune mesure soit prise contre Jules.

Ces folies ne prouvent rien, dit-on. — En elles-mêmes, sans doute, et personne ne soutiendra que les seigneurs tchèques avaient l'habitude de violer leurs vassales ou d'assassiner leurs sujets. Mais ne témoignent-elles pas d'une absence complète de sécurité légale? Slavata nous dit dans ses mémoires que, sous Mathias et Rodolphe, il était presque sans exemple qu'on instruisît le procès d'un noble, même accusé des crimes les plus horribles ; après la victoire de la royauté seulement, ils apprirent enfin qu'il y avait une justice pour eux. Le biographe de Pierre Vouk de Rosenberg se vante de n'avoir confirmé parmi les condamnations capitales que celles qui atteignaient les meurtriers, les incendiaires et les voleurs : tous les seigneurs n'avaient donc pas les mêmes scrupules! Et lui-même, qui n'était pas un mauvais maître, lui, le disciple des Frères bohèmes, quelle singulière indifférence ne montre-t-il pas par moments pour les droits de ses sujets >?

I. V. Rybitchka, Les derniers Rosenberg, Tchas. tch, Af., p. 196, 188 1.

Les Rosenberg, dit M. Rybitchka, avaient toujours été des maîtres pleins de douceur pour leurs sujets. Pierre, en particulier, était moins leur seigneur que leur père, leur ami, leur protecteur et leur bienfaiteur '. — Un père un peu rude et un protecteur dont la vigilance était quelquefois en défaut, à ce qu'il me semble. — Mais, soit; quelques nobles, assez nombreux, si Ton veut, admettent qu'ils ont des devoirs vis-à-vis de leurs hommes; en est-il un seul qui reconnaisse à ceux-ci des droits vis-à-vis de son patron? Et n'est-il pas évident que cette conception sociale ne peut aboutir qu'à l'oppression, à la misère et à la haine?

Comment la plupart de ces seigneurs, ainsi habitués à ce que leurs caprices ne rencontrent aucun obstacle, n'éprouveraient-ils pas rivresse de la richesse et comme le vertige de l'autorité souveraine ! Quelques-uns font figure de monarques : Guillaume de Rosenberg a sur ses domaines dix mille neuf cent trente-six sujets, — en Bohême seulement, et sans parler de ses terres de Silésie, d'Autriche, etc. Il a une cour, des légions de serviteurs : quand il accompagne Maximilien à Presbourg pour le sacre, il amène une escorte de deux cents cavaliers, magnifiquement équipés ; la splendeur de ses festins est célèbre *. Pierre Vouk, son frère et son successeur, a dans son château, en même temps qu'un chapelain, un escadron de dix ou douze jeunes filles qui font office de chambellans, le servent à table et ailleurs : avec cela, dit son aîné, mal venu pourtant à affecter une sévérité excessive, aucune piété, aucun ordre, aucune administration, des dépenses infinies ^. — De là, chez les grands, la ruine de tout esprit de soumission à la loi comme de tout instinct de justice. La moindre intervention de l'autorité royale leur semble un outrage ; seule cependant, • cette intervention constante réfrénerait les passions, contiendrait les appétits, apporterait au peuple ce qui lui manque par-dessus tout, la confiance et la sécurité. Tout ce faste

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