‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 148 sur 239 · Journal delà Matitse Morave · texte numérisé non relu

Journal delà Matitse Morave

SERFS ET SEIGNEURS Bj I

aussi misérablement >. » Les habitants des villes apponent au lieu d'argent des coussins, de la vaisselle, des vêtements, et les municipalités sont obligées de contracter des emprunts pour acquitter les cotes des pauvres; dans les campagnes, la détresse est générale. Que ce ne soient pas là de vaines déclamations, nous le voyons par la résolution de la diète de iSgS : il faut que la misère soit bien générale pour que les nobles renoncent à leurs franchises financières.

Les chroniqueurs contemporains confirment le témoignage des actes officiels. Datchitsky de Heslov décrit les fêtes splendides célébrées à l'occasion de la réunion à Prague de divers princes étrangers : — quelques seigneurs bohèmes donnèrent des banquets dont la magnificence éclipsa celle du prince. Vanité des vanités! Et pour cela, des redevances imposées aux sujets, et pour les pauvres, souffrance et disette. — Un peu plus loin, il raconte les horribles vexations exercées dans le royaume par les armées étrangères : « Dieu a permis cela, parce qu'il a voulu punir les Tchèques de leurs péchés, de leur orgueil, de leur vanité, de leurs discordes, de leurs injustices... » Et en effet, ce luxe, ces fêtes, ces dépenses de toutes sortes « retombaient sur les pauvres gens, qui ne pouvaient obtenir justice, se lamentaient et appelaient la vengeance céleste ^ ».

Les serviteurs se plaignent de leurs maîtres, lisons-nous dans les sermons de Martin Philadelphe Zamrsky (i55o- 1592); ils n'ont pas toujours tort. Il n'y a rien de plus méprisé dans ce monde que ces serviteurs, on les appelle bandits, fripons, gibier de potence. Sont-ils malades, on les enferme au grenier, au chenil : tu t'es soûlé, voleur; il faut te guérir à la hongroise, avec une triple massue. Beaucoup de seigneurs accablent leurs gens de travaux, les traitent comme des chevaux, ne les laissent reposer ni les dimanches ni les fêtes ni le jour de Pâques. Demande-t-on

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