Cité par Chloumetsky, p
4. Cp. par exemple, dans le Tchas. tch. M. de 1844, ^c mandat si généreux et si humain de Polyxène de Lobkovits.
satisfaits de leur sort. Au moment où s'ouvrait une crise redoutable, était-il permis sans illusion de compter sur leur appui? — Sur ce point, aucun doute n'est possible. Presque toujours ils assistèrent inertes et mécontents à la bataille dont ils étaient Tenjeu, et, plus d'une fois, ils ressentirent une joie secrète de la défaite de leurs oppresseurs.
La loi, sous laquelle ils étaient courbés, ils ne s'étaient pas réconciliés avec elle. Beaucoup de serfs tentent de se dérober à l'esclavage par la fuite ; pour empêcher les désertions, les diètes multiplient les règlements, essayent, en intimidant les bourgeois, de les empêcher d'accueillir les laboureurs en rupture de ban. Précautions inutiles : la plupan des ouvriers qui travaillent dans les mines de Koutna-Hora, nous dit Datchitsky, sont des serfs qui se sont enfuis de chez leurs maîtres, les uns pour échapper à leurs cruautés, les autres pour ne pas subir la punition de leurs crimes, d'autres enfin pour vivre librement et à leur guise '. Les nobles se plaignent, exigent qu'on leur livre leurs hommes; de là, des difficultés incessantes avec la ville. Les communes en général ne mettent pas une extrême bonne volonté à veiller à l'observation des règlements de police, ferment les yeux. Les nobles se résignent et se consolent en mettant la main sur les propriétés des déserteurs. Pour les cultiver, ils augmentent les corvées, ou cherchent un mode d'exploitation qui exige moins de main d'œuvre : les prairies s'étendent au détriment du labourage : beaucoup de champs sont transformés en viviers, et l'immense développement que prennent alors les étangs est une preuve incontestable de la désertion des campagnes.
Les émeutes fréquentes, les incendies, les crimes agraires témoignent aussi de la sourde fermentation qui agite les ouvriers agricoles. Plus de grande jacquerie, aucune de ces insurrections générales qui, dans la même période, couvrent de ruines la Hongrie* ou l'Autriche. Les faits que nous connaissons, encore qu'incomplètement étudiés, sont assez
1, Mémoires, II, p. 79.
nombreux néanmoins pour permettre de constater une sorte d'état de guerre entre les opprimés et les oppresseurs. Au commencement du règne de Ferdinand I, peu s'en faut que la guerre des paysans n'ait son contre-coup en Bohême : la fermentation est extrême, en particulier dans les districts septentrionaux où les relations avec l'Empire sont plus fréquentes et où le comte de Schlick soumet ses manants à un régime très dur. En 1 524, un mouvement éclate à Jachimov (Joachimsthal) : dirigé d'abord exclusivement contre les employés du seigneur, il prend bientôt une tournure plus menaçante; encouragés par Téloignement des troupes que le comte avait envoyées contre les insurgés d'Ansbach, les mécontents se réunissent au mois de mai i525 sur la place, pillent Thôtel de ville, brûlent les chartes de la commune et marchent sur le château de Freudenstein, qui est réduit en cendres. Le comte de Schlick accourt avec trois cents mercenaires : devant l'attitude des émeutiers, il se retire sans oser les attaquer; ils étaient déjà trois mille. Le seigneur reçoit des renforts, les paysans sollicitent leur grâce et obtiennent leur pardon en livrant leurs chefs : le vainqueur se montre d'ailleurs clément. La même année, nouveaux troubles dans le sud du royaume. La situation est assez grave pour qu'il paraisse nécessaire d'en appeler à l'autorité morale de Luther, et Ton traduit en toute hâte deux des traités du Réformateur contre les paysans. Malgré tout, le calme ne se rétablit pas sans peine. En 1 644, les sujets de Bohuslas de Schwamberg se soulèvent contre lui. En 1571, les habitants du village de Chamonits, exaspérés des cruautés et des exactions de leur maître, pénètrent de nuit dans son château et le mettent à mort avec ses deux jeunes enfants '. Ces tentatives, isolées et mal concertées, aboutissent le plus souvent à de sévères répressions, resserrent la chaîne de servitude, laissent dans les cœurs des germes de haine qui peu à peu se développent et grandissent.
1. V. Svatek, Culturhistorische Bilder ausBœhmen. Vienne, 1879; p. i53-
Si, dans la deuxième partie du xvi« siècle, les insurrections ouvertes deviennent plus rares, on aurait tort en effet d'en chercher la cause dans l'apaisement des passions et la réconciliation des classes : l'explication de cette accalmie, il faut la chercher dans le sentiment d'impuissance qui s'est emparé des serfs. Les colères n'en sont pas moins vives pour être dissimulées; une multitude d'incidents révèlent l'existence d'un prolétariat rural, poussé à bout et prêt à tout. Des bandes courent le pays, et les lois les plus sévères n'empêchent pas la formation de ces troupes composées de mendiants et de brigands qui répandent partout l'inquiétude et l'épouvante : les chroniques des villes sont pleines du récit des expéditions contre les rôdeurs.
Les paysans fugitifs forment une population flottante qui cause de perpétuelles terreurs à la police. En i585, lés serfs s'ameutent dans la Nouvelle-Ville de Prague contre quelques chevaliers, ceux-ci se réfugient à grand peine dans une maison et pendant l'algarade, trois personnes sont massacrées. La cause de cette émeute, ajoute le chroniqueur, c'est que les serfs étaient tenus de demander à leurs seigneurs des lettres d'affranchissement avant d'entrer au service des étrangers, ce qui leur était dur, non moins qu'aux personnes libres qui avaient besoin de serviteurs '. A la fin du siècle, le pays est dévasté par une série d'incendies, dont la responsabilité remonte en général aux ouvriers employés à la construction et à l'entretien des étangs : ce sont presque tous des serfs en rupture de ban. Les conspirations agraires sont fréquentes : nous en trouvons plusieurs exemples dans la biographie de ce Pierre Vouk de Rosenberg *, que l'on nous représente comme « l'ami et le. père » de ses laboureurs et qui n'était certainement pas cruel. A plusieurs reprises, sa vie est en danger, et la sévérité de la répression ne laisse aucun doute sur la réalité de ses craintes. En iSgy, on tremble que l'insurrection qui désole l'Autriche ne se pro-