LA FIN DU SIÈCLE
les pays dépeuplés ou appauvris par une longue guerre, et qu'ainsi l'issue doit être triste. »
Malheureusement, s'il était infiniment probable qu'une rupture aurait « une triste issue », on ne voit pas comment elle aurait pu être évitée. Outre que les seigneurs étaient incapables de la modération et des longues réflexions qui les auraient prémunis contre une politique de casse-cou, les intérêts des divers partis étaient trop opposés pour qu'un compromis fût vraisemblable et la situation trop instable pour se prolonger longtemps. Les forces de la royauté étaient telles qu'elle devait chercher à établir définitivement sa domination, et les nobles, si puissants qu'ils seraient fatalement tentés d'assurer leur autorité sur les ruines de la monarchie. Les Protestants étaient trop nombreux pour se contenter d'une tolérance incomplète et tatillonne, et les Catholiques, trop fervents pour pactiser avec l'impiété. Les passions nationales étaient d'ailleurs surchauffées par l'atmosphère générale de l'Europe, les nuages qui s'élevaient de tous les côtés de l'horizon s'amoncelaient sur le royaume des Habsbourgs et c'était là que devait crever l'orage. A la Bohême, comme au champion le plus éprouvé de la liberté religieuse, revenait le redoutable honneur de donner le signal de la lutte décisive qui allait ébranler le monde* jusque dans ses fondements et d'où est sortie la société moderne.