‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 182 sur 239 · MATHIAS · texte numérisé non relu

MATHIAS

plus larges promesses, et, à peine a-t-il conquis le trône grâce à eux, qu'il cherche à reprendre sa parole et trompe ses complices comme il a trompé son frère; pour usurper le pouvoir, il ramasse les accusations des adversaires de Rodolphe contre son indolence et sa frivolité, et, victorieux, il ne montre ni plus de suite dans les idées ni plus de fermeté dans l'action ; il ne nous apparaît ainsi que comme un brouillon, prêt à tous les coups de tête pour satisfaire ses fringales de pouvoir et incapable de justifier son ambition par Tusage qu'il fait de l'autorité. Il convient de plus de ne pas oublier qu'une partie au moins des négligences et des fautes qui amènent la chute de Rodolphe retombe directement sur Mathias, puisqu'il avait depuis plusieurs années la haute main sur les affaires de la Hongrie, et, d'autre part, les dernières entreprises de Rodolphe, presque folles, trouvent leur explication, sinon leur excuse, dans le désespoir de l'Empereur, froissé dans ses plus chères affections et trahi par les hommes que la reconnaissance, à défaut de tout autre sentiment, aurait dû détourner d'une odieuse défection.

Mathias fut surtout l'instrument d'un intrigant, l'évêque de Vienne, Khlesl. De petite naissance et fort ambitieux, sans talents supérieurs, mais actif et plein d'entregent, Khlesl avait aperçu de bonne heure qu'un grand rôle reviendrait à l'homme qui se mettrait à la tête de la restauration catholique. Violent, sans avoir même l'excuse d'une foi très vive, il s'était acquis une rapide renommée par ses rigueurs contre les hérétiques autrichiens et avait reçu, en récompense de ses bruyants services, l'évêché de Viener-Neustadt. Il désirait exercer ses talents sur un plus vaste théâtre et il avait un moment brigué la faveur de Rodolphe. Repoussé de ce côté, il s'était attaché à la fortune de Mathias, en attendant l'occasion de se venger de l'Empereur qui avait eu le tort impardonnable de ne pas vouloir de lui pour ministre. Il fut la cheville ouvrière de tous les complots et n'éprouva aucun scrupule à solliciter le concours des conspirateurs hérétiques.

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