‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 185 sur 239 · MATHIAS ET LES HONGROIS · texte numérisé non relu

MATHIAS ET LES HONGROIS

à jamais « d'affecter la tyrannie. » Quelques-uns d'entre eux poursuivaient sincèrement une réconciliation fondée sur des concessions réciproques, mais la plupart n'avaient d'autre idéal que l'anarchie féodale, telle qu'elle s'était établie en Pologne, et il était inévitable, comme les événements le prouvèrent, que les plus violents prissent la haute direction des événements.

A la diète de Presbourg (commencement de 1608), les magnats hongrois et autrichiens signèrent avec Mathias une confédération dans laquelle ils s'engagèrent à maintenir contre tous la paix de Sistva. Les proclamations de Mathias ne trompèrent personne ; c'était une révolution, et, de fait, il saisit aussitôt le gouvernement, conclut un traité avec le pacha de Bude et leva des troupes. Rodolphe avait le choix entre deux partis : ou bien ratifier sans délai le traité de Sistva et supprimer ainsi tout prétexte d'insurrection, ou réunir rapidement des forces et écraser la révolte : dans les deux cas, le succès était possible et même probable. Les princes de la maison de Habsbourg et les souverains catholiques avaient été étonnés plus que satisfaits de la levée de boucliers de Mathias, les rebelles n'avaient pas entraîné sans quelque peine la majorité des États autrichiens ou magyars, et une défaite leur eût enlevé la plupart de leurs partisans ; enfin la « tragédie d'Autriche », bien qu'elle fût prévue depuis longtemps et, dans une certaine mesure, organisée par quelques meneurs du parti protestant européen, le surprenait encore en voie d'organisation. Les négociations entre Henri IV et Christian d'Anhalt étaient très actives, en particulier depuis 1 606, et ils jetaient les bases de l'Union Évangélique, dont le but, plus ou moins dissimulé, était de détruire ce qui subsistait encore de l'autorité impériale en Allemagne. Mais il n'était pas aisé de mettre en mouvement l'énorme machine de guerre conçue par Henri IV: les Réformés étaient divisés entre eux; quelques-uns, et non des moindres, étaient étroitement unis à Rodolphe; l'intervention étrangère, qui ne sauva pas les insurgés en 16 19, ne les eût pas mieux servis en 1608. — Le danger réel était moins

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la force des adversaires de TEmpereur que sa propre faiblesse; ses finances étaient ruinées, il s'était aliéné toutes les sympathies, et, si on ne soutenait pas ses ennemis, on ne s'armait pas contre eux; les puissances catholiques n'intervinrent pas, et les provinces, encore soumises, s'enfermèrent dans une sorte de neutralité. En somme, l'issue était incertaine et une résolution virile de Rodolphe eût mis en grand péril ses ennemis. Ceux-ci ne se le dissimulaient pas: ils essayèrent de désarmer le roi par des protestations et envoyèrent Khlesl à Prague; les négociations traînèrent; tous les retards nuisaient à Rodolphe, dont l'armée, mal payée, se désorganisait; pendant ce temps, les rebelles terminaient leurs préparatifs, ralliaient peu à peu les indécis et étendaient leurs relations au dehors. Lorsque, au mois de mars 1608, Rodolphe ratifia la paix avec les Turcs, cette concession trop tardive ne produisit plus aucun effet, et Mathias, jetant le masque, appela à la révolte les Moraves et les Tchèques,

Nulle part le gouvernement de Rodolphe n'était plus détesté qu'en Moravie, parce que nulle part la politique autoritaire et catholique n'avait été pratiquée avec plus d'audace et de suite ; l'honneur ou la responsabilité en revient surtout à révêque d'Olomouts, François de Dietrichstein. Fils d'Adam de Dietrichstein, qui avait joui pendant toute sa vie de la faveur particulière de ses princes et qui représentait Maximilien auprès de la cour de Madrid, François avait passé sa jeunesse en Espagne; sa mère, espagnole, était une très ardente catholique. Clément VIII, dans un voyage en Moravie, alors qu'il n'était encore que cardinal, avait été frappé des qualités de l'enfant; charmé de sa grâce, il l'avait emmené à Rome et nommé, tout jeune encore, cardinal et évêque d'Olomouts. François revint à vingt-neuf ans dans un pays qu'il ne connaissait plus et dont il ne savait pas la langue, tout bouillant d'enthousiasme et bien résolu à justifier par ses services la faveur pontificale. Doué de facultés supérieures, joignant au zèle et au courage d'un apôtre l'activité et la largeur de vues d'un homme

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d'état, il était un des plus remarquables types de Técole politico-religieuse fondée par les Jésuites. Grâce à lui, TÉglise romaine se releva rapidement en Moravie. Les procédés employés furent d'ailleurs les mêmes qu'en Autriche ou dans les autres provinces de la monarchie : les seigneurs, dont les privilèges étaient garantis par des conventions formelles ou dont la résistance eût été trop périlleuse, ne furent pas directement menacés, on se contenta d'arrêter leurs empiétements; sur les domaines ecclésiastiques ou les biens de la Couronne, dans les villes royales, le culte catholique fut rétabli ; les Protestants, exclus des fonctions publiques, écartés des corporations, quelquefois même obligés d'assister au service romain ou de quitter leurs maisons; une censure rigoureuse empêcha la propagation des livres hérétiques; les Jésuites furent favorisés et de nouveaux ordres appelés, les Capxicins surtout, qui se préoccupèrent de catéchiser le menu peuple; le clergé fut soumis à une discipline sévère, il reprit confiance et retrouva le respect. Çà et là, la restauration souleva des protestations; l'évêque alors n'hésitait pas à recourir à la force, et la ville d'Opava qui, pendant plusieurs années, avait bravé les ordres de la Chancellerie, subit une véritable exécution militaire ; plusieurs mois durant, elle fut rançonnée par une garnison impériale ; sa prospérité disparut, mais les Protestants se soumirent.

Ni François de Dietrichstein ni Martinits, Slavata et les ministres qui exécutèrent plus tard les ordres de Ferdinand II, n'étaient en principe les adversaires de l'ancienne constitution nationale; mais cette constitution opposait des obstacles presque insurmontables au triomphe de l'Église : dès lors, ils ne devaient éprouver et ils n'éprouvèrent aucun scrupule à la renverser. Peu à peu, pour écarter les dissidents, les officiers royaux avaient violé les prérogatives de la diète morave, nommé directement aux grandes charges, sans s'occuper des coutumes qui en réservaient la disposition aux États; ceux-ci se plaignirent, on ne les écouta pas. Les droits du Tribunal Suprême de Moravie

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